Polar historique – Le cadavre du Palais-Royal, de Laurent Joffrin

Septembre 1789. En France, depuis la prise de la Bastille, rien n’est plus pareil, et la nuit du 4 août a fait naître un autre monde. Mais le sort de la société française en pleine mutation n’est pas encore scellé : qu’adviendra-t-il de Louis XVI et de sa famille, ou plus exactement du pouvoir monarchique tel qu’il s’est toujours défini, dans ce monde où plus personne ne sait vraiment qui sont les amis et qui sont les ennemis ?

Pourtant retiré dans sa Bretagne natale, dans ce château de Ranreuil où toute sa famille est réunie auprès de Nicolas le jeune, le marquis, né Nicolas Le Floch ainsi qu’on le connaît dans les rues de Paris qu’il a si souvent arpentées en tant que commissaire au Châtelet, est sur le point de tout quitter pour retourner dans cette capitale bruyante et dangereuse, au secours d’un roi qui est son souverain et aussi son cousin.

Que cherche-t-il à prouver ? Sa fidélité ? Sa capacité à créer ex nihilo une solution miraculeuse qui allierait au mieux la monarchie dans sa plus pure tradition et les mouvements furieux d’une révolution qui va changer la face du monde, entre les députés des nouvelles institutions et le peuple qui meurt de faim ?

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Rien de tout cela : Monsieur de Ranreuil est un enquêteur chevronné, habilité à rechercher l’assassin d’un proche du Palais-Royal – et du Duc d’Orléans, encore un cousin du roi, un cousin envieux terriblement porté sur les intrigues à double et à triple bande.

Cette suite très attendue des enquêtes de Nicolas Le Floch met directement et courageusement le pied au cœur des bouleversements. C’était un cap que les fans de Jean-François Parot, décédé en 2018, se réjouissaient de franchir en sa compagnie. Hélas, le regretté créateur du commissaire breton a laissé son personnage chéri du public en l’an 1787, au seuil des tempêtes dont on sentait le souffle et la violence. Le « repreneur » Laurent Joffrin avait hérité de toutes les attentes accumulées par les lecteurs : un défi terrible, au sens premier du terme !

La Révolution est en marche, et à ce titre, elle a aussi bouleversé l’entourage du commissaire Le Floch. Pour le pire, hélas… Exit donc la vieille Marion et la fidèle Catherine, figures maternelles rassurantes, tandis que le procureur de Noblecourt se porte tellement mieux qu’il peut désormais boire du vin presque à volonté – un miracle de la médecine. On n’aborde que du bout des lèvres la famille restée en Bretagne – pourtant l’un des piliers de la nouvelle vie de Nicolas, dont Parot avait si bien dépeint le désir de construire sa propre parenté et l’émotion d’être devenu grand-père. On ne parle plus du tout de la mère de Nicolas, cette religieuse mystérieuse et touchante, cette « demi-princesse » qui se tenait dans l’ombre et le silence de son couvent, se délectant en secret des mots prononcés par son fils. L’avènement d’un monde nouveau n’aurait-il pas pu permettre la création de liens, en dépit des serments ? La froideur marque également les rapports entre Nicolas et son vieil ami le bourreau Sanson. Le plus fort – et le plus drôle – reste l’autre miracle de la médecine – la médecine vétérinaire : il s’agit de la résurrection du chien Cyrus, fidèle compagnon du procureur de Noblecourt, déjà un vieux chien en 1761 et pourtant monté au paradis des chiens dans l’un des derniers romans de Parot pour être remplacé par le bon Pluton.

Le tout donne quand même l’impression désagréable que Laurent Joffrin n’a pas lu, ou à peine, les 14 volumes produits par son prédécesseur.

Que dire de l’intrigue ? Ne nous voilons pas la face : le côté « polar » n’est qu’une annonce. Car Le Cadavre du Palais-Royal n’est pas un polar historique : c’est un roman historique, d’un bon niveau, avec une touche journalistique tout à fait agréable et bienvenue – un apport personnel de l’auteur connu pour sa carrière de journaliste. L’opinion publique fait sa grande entrée dans les aventures du commissaire Le Floch, avec d’intéressants parallèles possibles avec la force des médias aujourd’hui. Toutefois, la substance n’atteint pas le niveau de qualité des romans de Jean-Christophe Portes, qui a décrit comme personne à ce jour l’atmosphère trouble de ces années de transition à l’héritage si fécond.

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