Polar ésotérique – Ibiza 1945, d’Albert Dyce

Pourquoi Ibiza est-elle la capitale mondiale des night-clubs ? Que s’est-il produit pour que cette petite île autrefois si paisible devienne synonyme de débauche et d’excès ? Ces questions obsèdent Arnaud depuis qu’il a intégré la « Sélection », une organisation aussi discrète qu’élitiste dont l’unique objectif est d’offrir une vie luxueuse à quelques privilégiés triés selon des critères mystérieux. Arnaud se fait vite de nouveaux amis qui, comme lui, ne comprennent pas pourquoi ils ont été choisis pour être les invités privilégiés des soirées les plus fastueuses d’Ibiza. Ils enquêtent ensemble afin de découvrir qui dirige la Sélection et dépense des fortunes colossales pour ouvrir les portes de la jet-set à de parfaits inconnus. Peu à peu, un inquiétant puzzle se met en place dont les pièces semblent pourtant n’avoir aucun rapport les unes avec les autres : la chambre secrète du Palais Labia à Venise ; les circonstances dans lesquelles Raymond Roussel est décédé au Grand Hôtel des Palmes ; le syndrome de Cotard ; la tombe d’Aspairt ; le problème de Retzch ; l’origine obscure du jeu d’échecs ; Mycroft Holmes et tous les signes qu’Arthur Conan Doyle, ésotériste convaincu, a glissés dans son œuvre ; les coïncidences troublantes entourant la date du 17 janvier ; les délires nazis ; et bien sûr le lointain passé d’Ibiza. L’aventure d’Arnaud et de ses amis les entraîne inexorablement sur la piste dangereuse du Parfumeur de Palerme.

Même si cela fait froid dans le dos, cette histoire n’est pas qu’une fiction, car bien des anecdotes racontées ici sont authentiques et facilement vérifiables. On est tout de suite pris par l’intrigue qui se referme sur Arnaud, sur ses amis et aussi sur les lecteurs… Inutile d’essayer d’échapper à la Sélection avant la dernière page de ce roman étonnant, original, troussé comme une descente aux enfers mais dont l’action se situe dans les lieux de villégiature les plus riants et les plus agréables de la planète. Un roman qu’on repose enfin avec le sentiment persistant d’avoir vécu tout ce qui s’y dit, avec une impression de réalité intense et dérangeante.

Pas mal pour un roman qui n’est finalement qu’un flashback raconté par Arnaud et amorcé par cet inquiétant souvenir d’enfance…


« Un soir, je me rappelle avoir surpris mon père debout, silencieux, devant un grand tableau qui trônait dans son bureau, Les Echecs au café de la Régence pendant la Révolution, d’un peintre anonyme du XIXe siècle… Ce café parisien avait été pendant plus d’un siècle, le centre mondial du jeu d’échecs. Les plus grands joueurs de l’époque y ont tous, un jour, disputé une partie. Le café était sur le chemin de la guillotine pendant la Révolution.

Mon père me racontait qu’un de mes ancêtres, obsédé par le jeu d’échecs, fut « ramassé » à la terrasse du célèbre établissement pour être exécuté quelques minutes plus tard. Le brave baron Maurice Servier de Hucheloup était seulement un vieil original qui n’avait le tort que d’être noble à la mauvaise époque. Offusqué qu’on ne le laisse pas finir sa partie, le digne aristocrate avait quand même obtenu le droit d’aller à la mort avec son jeu d’échecs. Alors qu’il avait la tête dans le carcan de la guillotine, le bourreau, pour se moquer de lui, plaça son cher échiquier avec toutes les pièces bien en ordre juste en dessous de sa tête qui y tomba quelques instants plus tard, éclaboussant de sang les soixante-quatre cases, et envoyant les pièces du jeu valser sur l’estrade du supplice. Le baron fut enterré avec sa tête, mais le bourreau, un dénommé Roussel, s’appropria le jeu maculé de sang, en souvenir… Hasard curieux, Raymond Roussel (personnage peu connu mais fascinant et qui eut l’audace d’aller provoquer la Sélection sur son terrain) est très probablement le descendant du cruel exécuteur du baron Maurice Servier de Hucheloup. Et si je devais parier, je dirais que le jeu se trouve enfoui pour toujours dans la très étrange tombe dudit Raymond Roussel, au Père-Lachaise à Paris. Une tombe qui semble bien anodine si on ne prête pas l’oreille aux rumeurs… »

 

L’introduction marque un sacré coup : avec de tels souvenirs et un patrimoine familial pareil, il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce que le héros, le jeune baron Arnaud Servier de Hucheloup, né en 1977 et donc âgé de 20 ans au moment où il entre pour la première fois en contact avec la Sélection, soit passablement dérangé, et ce n’est qu’un début. Courez donc voir ! Raymond Roussel a vraiment existé, comme le café de la Régence d’ailleurs, et il en est de même pour presque toutes les références avec lesquelles l’auteur jongle tout au long de cette histoire à couper le souffle. C’est un livre qui ravira les complotistes de tous poils, mais qu’il faut lire en étant constamment connecté, pour plonger en temps réel dans les méandres de cette intrigue étalée à travers les siècles et les cultures… Et la fin, incroyable et inattendue, vous laissera  au milieu d’un vertige ineffable ! C’est bien simple : moi, qui ai l’habitude depuis des années d’enchaîner les livres sans transition, je me suis trouvée dans l’obligation – je dis bien : l’obligation – de marquer une pause. Et je n’en reviens toujours pas !

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