Polar classique – Le carré de la vengeance, de Pieter Aspe

A Bruges, la bijouterie Degroof a été cambriolée. Rien n’a été volé, mais les voleurs ont fondu tous les bijoux dans un bain d’acide. Leur signature : un énigmatique message en latin. L’enquête est confiée au commissaire Pieter Van In, un flic buté, étranglé par ses dettes, au sale caractère et à l’humour caustique. Amateur d’art, de cigares, de bières – surtout la Duvel – et doté d’un humour caustique, il n’a pas son pareil pour élucider les affaires les plus tordues. Avec Guido Versavel, sorte de jumeau d’Hercule Poirot à l’homosexualité revendiquée, et Hannelore Martens, une substitut du procureur affriolante et ambitieuse, Van In plonge dans le milieu de la grande bourgeoisie brugeoise, où il ne fait pas bon déterrer les secrets enfouis depuis des décennies. Car le vol constitue en réalité le signal de départ d’une effroyable vengeance, aux ramifications profondes et tragiques. C’est bien connu : les grandes familles ont de grands secrets.

Il n’y a rien à redire à ce petit bijou de la littérature policière belge, édité en néerlandais en 1995 et traduit en français en 2008 : l’intrigue est superbement menée dans le cadre extraordinaire de Bruges, la Venise du Nord, la galerie des personnages est somptueuse (aucun prête-nom, rien que du bon, du concret, de l’authentique… Un pur régal !), et la mise en scène est calculée au millimètre. Franchement, je vous mets au défi de vous saisir de ce roman, de le commencer et de le lâcher avant de l’avoir terminé… Les repas, la vaisselle, la lessive, le conjoint, les enfants, tout cela peut attendre, mais pas Le carré de la vengeance.

La première enquête de Pieter Van In introduit avec brio ce personnage de bon vivant, chaleureux, un peu encaqué dans un laisser-aller d’homme divorcé, dépouillé par une ex-femme vorace mais qui n’a abdiqué ni sa fierté, ni ses principes… Qui fume comme un pompier et qui n’a ni les yeux, ni la langue dans sa poche – pour le plus grand plaisir des lecteurs ! La Duvel, cette belle et blonde bière qui se déguste avec sagesse, coule à flots, dans des quantités quasiment inhumaines (un foie peut-il vraiment encaisser ça ?)… Les rebondissements sont savoureux – surtout l’ultime pirouette qui conclut ce roman d’une manière  un peu prévisible, certes, mais terrible… L’humour fait tout passer, même les quelques clichés dont l’auteur a cru bon d’encombrer une construction si parfaite : le divorcé mal fichu qui s’empâte, la jolie minette bardée de diplômes, la ville magique, les Templiers (qu’est-ce qu’ils viennent faire là ? Aucune idée !). Dommage… peut-être ! Car tout est excellent, y compris ce clin d’œil au fameux carré magique et qu’importent les maladresses, car on ne garde que le bon et l’envie d’enchaîner les autres  titres de cette passionnante série d’exception.

C’est du bon… C’est du belge !

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