OVNI – Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel

« Voilà, le livre est fini. J’ai posé le point final. Le titre : Une autobiographie. Je ne me sens pas très à l’aise. Mon éditeur va s’en rendre compte… Des pages manquent : ma disparition à l’hiver 1926. Pourtant, j’ai bien écrit ce chapitre. Des pages et des pages, presque un livre entier. Mon secret. Ma vie privée. Une semaine et demie qui n’appartient qu’à moi ». C’est une histoire vraie… Un mystère jamais totalement élucidé. Une zone d’ombre qui demeure dans la vie d’Agatha Christie. Pourquoi et comment la reine du crime s’est-elle volatilisée dans la nature durant l’hiver  1926 ? Qu’a-t-elle fait pendant ces onze journées ? Pourquoi toute la presse a-t-elle cru qu’elle avait été kidnappée ou assassinée ?

Dans ce roman, à la limite de la biographie, Brigitte Kernel se glisse dans la peau d’Agatha Christie pour reconstituer une étrange disparition : la sienne… Présenté comme cela, l’argument a de quoi donner l’eau à la bouche : après la mort de sa mère survenue le 3 décembre 1926, Agatha Christie disparaît et les traces trouvées par la police sont alarmantes. Sa voiture est retrouvée abandonnée près d’un étang, les battues ne donnent rien. Alarmante aussi la lumière que jette sur cette affaire l’intention d’Archibald Christie de divorcer. Sa femme, confrontée à trop de chagrins personnels insurmontables et consécutifs, se serait-elle suicidée ? Mais non, bientôt, la reine du crime reparaît : elle se cache dans un hôtel de la station thermale d’Harrogate. Elle se cache ? Non, à l’entendre, elle est en plein état de décompression psychique – le choc de la mort de sa mère en plus du choc de la nouvelle d’une séparation inévitable – et elle est amnésique… Simulatrice ? On l’a dit, et il semble bien que ce soit vrai. Dans la version historique de l’affaire, on a découvert que Rosalind, la fille de la romancière, alors âgée de 6 ans, avait été mise dans la confidence par sa mère qui craignait de l’inquiéter… Dans la version romanesque, on doit se contenter d’une Agatha Christie qui hésite, qui essaie, qui échoue… On est loin de la vengeance qu’aurait pu préméditer une femme comme elle. Était-elle vraiment aussi désemparée qu’elle l’a laissé croire ? Le roman de Brigitte Kernel, pourtant merveilleusement mené jusqu’à une vingtaine de pages de la fin, ne laisse que peu de doutes à ce sujet… Quoi ? Tout ça pour ça ? Vous me direz qu’il y a toutes les pages qui ont précédé cette fin désastreuse et que les lecteurs sont toujours libres d’imaginer une fin alternative. Surtout quand le terreau est aussi bon !

Brigitte Kernel n’est pas la seule à avoir été inspirée par la disparition d’Agatha Christie : André-Paul Duchateau, Florence de Baudus, Gillian Flynn, François Rivière et Nicolas Perge, et même les scénaristes de Doctor Who !

Que retenir de cet OVNI littéraire, à la limite du roman, de la biographie et aussi un peu du genre qu’affectionnait la dame (et c’est bien par cela que j’ai tenu jusqu’au bout) ? Comme vous l’aurez compris, pas la fin… En même temps, je me demande ce que l’auteur aurait pu trouver comme fin bis. C’est un peu – beaucoup ? – conventionnel à mon goût, alors que j’étais restée au taquet depuis le début. Justement, l’atmosphère de cette époque, qui traîne quelques nets relents du temps de Victoria, est rendue à la perfection : la singularité d’une femme qui travaille, la conception du mariage, la stigmatisation sociale du divorce. Une société d’entre-deux-guerres encore figée par les anciens codes mais qui tend inévitablement vers une  nouvelle donne. Pour cela, chapeau ! Honnêtement, c’est un véritable tour de force que je salue et que j’ai apprécié.  L’idée de se mettre dans la peau d’Agatha Christie n’est pas mal non plus, mais une fois qu’on arrive au moment de vérité, c’est traversant… et dérangeant ! Plus rien ne peut échapper à la conscience du lecteur… Quel dommage ! Un autre point de vue aurait peut-être permis de conserver à cette histoire son aura de mystère…

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