La mort de Charles XII

Halden, Norvège, 30 novembre 1718. La Suède et le Danemark sont en guerre, et c’est là, sur une ligne de combat à proximité de la rivière Tista, que le roi de Suède Charles XII est venu inspecter le front et encourager ses troupes. Le roi, intrépide, s’est aventuré jusqu’au bastion d’Overberg, où il peut observer les ennemis. Tout le monde le sait en Suède : le roi est invulnérable et sa présence est un gage de succès. Pourtant cette nuit-là, la légende prend fin brutalement avec la mort de Charles.

Charles

Il est presque 22 heures… Le souverain, sanglé dans son uniforme, comme à son habitude, était debout dans l’une des tranchées lorsqu’il s’effondre, la tête traversée de part en part par une balle. Le premier réflexe des officiers est d’escamoter le corps, de le cacher aux soldats qu’ils craignent de démoraliser. Pour tous, c’est évident : à force de narguer la mort, Charles XII a fini par être rattrapé par un destin implacable et prévisible. L’ennemi est parvenu à abattre le roi en tirant au hasard sur les lignes suédoises. On retire le cadavre, on quitte les lieux… En quelques minutes, la scène de crime a disparu !

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Scène de crime ? Charles XII n’est pas n’importe quel roi de Suède : né en 1682, il ceint la couronne à l’âge de  15 ans avant de quitter ses foyers trois ans plus tard, entraîné dans un conflit qui durera pendant plusieurs années, jusqu’en 1721, et que l’Histoire a retenu comme la Grande Guerre du Nord. Une guerre qui oppose Charles XII à ses cousins le roi de Danemark et l’Electeur de Saxe, ainsi qu’au Tsar de Russie Pierre le Grand. Victorieux à Narva en 1700, défait à Poltava en 1709, Charles, réfugié auprès des Ottomans avec ce qui reste de son armée, rentre en Suède en 1715.

Dix jours après la mort de Charles, une gazette de Stockholm publie l’information : le roi a été tué par la mitraille tirée depuis la forteresse de Fredriksten, que tiennent les armées ennemies, ou de l’un de ses forts, peut-être celui d’Overberg. C’est aussi ce que racontent les officiers présents ce soir-là. Personne n’imagine qu’un Suédois aurait pu lever la main sur le roi, un homme simple et humain que tous admiraient pour son courage et pour son dévouement à son pays.

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Et pourtant… Très vite, des rumeurs circulent : le roi aurait été assassiné ! Les plus riches sujets suédois, lassés d’être sans cesse pressurés pour alimenter la caisse des guerres royales, auraient décidé de mettre un terme à tout cela, en attentant à la vie du roi et en se débarrassant ensuite de son ministre Georg Heinrich von Görtz, qui est exécuté deux mois après la mort de Charles. Celui qui tire les ficelles ? Le propre beau-frère de Charles, Frédéric de Hesse, époux d’Ulrique, unique sœur survivante de Charles XII, reine de Suède depuis la mort de son frère… Sauf que Charles aurait pu choisir pour lui succéder le fils de sa sœur aînée, Edwige Sophie.

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Mais où sont les preuves ? C’est là que le bât blesse…  L’avantage quand on a affaire à des dépouilles royales, c’est qu’elles sont embaumées : le corps de Charles XII qui a été traité par le chirurgien allemand Melchior Neumann est assez bien conservé. Le roi a déjà été exhumé trois fois : en 1746, en 1859 et en 1917. Les examens pratiqués à ces époques n’ont pas permis de conclure. Cependant l’étude balistique du terrain où Charles XII est mort permet de restreindre les possibilités :

  • Même si sur le coup, tout le monde a cru que la balle qui avait frappé Charles XII à la tête avait été tirée de la forteresse de Fredriksten, la manière dont cette balle a traversé le crâne du roi fait écarter cette hypothèse.
  • Peut-être alors, cette balle provenait de l’avant-poste ennemi d’Overberg… Mais non, vu la médiocre qualité des balles norvégiennes, la nuit tombée et surtout la distance (plus de 600 mètres), c’est impossible.
  • Ne reste alors qu’une seule solution : une balle tirée depuis la tranchée suédoise voisine de l’endroit où se trouvait le roi… Une balle tirée par un des siens.

L’examen de 1917 permet de constater que la balle était d’un diamètre de 20 millimètres environ et qu’elle a frappé le roi à une vitesse de 110 à 150 mètres par seconde. Le tir était donc bien de courte portée, pratiqué depuis un endroit tout proche de celui où se tenait Charles, quelques mètres à sa gauche. L’autre élément très intéressant qui a été mis en avant en 1917 est l’absence de débris de plomb dans le crâne, ce qui tend à prouver que la balle n’était pas une munition d’armée, mais d’un alliage spécial en fer ou en cuivre. On a longtemps parlé d’un bouton-balle, d’un diamètre de 19,6 millimètres (ce qui correspond à la blessure) et constitué d’une sphère de plomb enrobée de cuivre, qu’un soldat suédois aurait conservé pendant quelques temps avant de s’en débarrasser de crainte d’être retrouvé par l’assassin du roi. Ce bouton-balle – kulknappen en suédois – aurait été retrouvé par un forgeron qui l’aurait ensuite confié au directeur du musée de Varberg. Des résidus ADN ont été retrouvés sur ce bouton : il suffirait de sortir à nouveau le cadavre de Charles XII de son sarcophage pour vérifier s’il y a ou non concordance et si le crâne présente ou non des traces de cuivre.

Quelques livres pour aller plus loin :

Voltaire, Histoire de Charles XII – l’ouvrage fondateur de la biographie historique de méthode scientifique

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Robert K. Massie, Pierre le Grand – une biographie Fayard du grand rival de Charles XII, avec plusieurs chapitres consacrés au roi de Suède

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R. Nisbet Bain, Charles XII and the collapse of the swedish Empire – qui reprend les étapes par lesquelles la Grande Suède constituée par Gustave Adolphe au lendemain de la Guerre de Trente ans est passée avant d’être complètement démantelée par les guerres qui se sont déroulées sous les règnes de Charles XII et de son père.

Philippe Charlier, Le secret des grands crimes de l’Histoire

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Un article Internet de Science et Vie, par Coraline Loiseau: «Charles XII de Suède : un complot dévoilé par la balistique».

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