Polar historique – L’homme au ventre de plomb, de Jean-François Parot

Dans ce second volume des enquêtes de Nicolas Le Floch, nous retrouvons notre Breton, devenu commissaire au Châtelet, chargé par Monsieur de Sartine de démêler une affaire délicate et complexe : la mort mystérieuse du fils d’un courtisan proche du dauphin et du parti dévot. Pourquoi les parents défendent-ils la thèse du suicide alors que leur enfant n’avait jamais manifesté son désir d’en finir ? Il y a surtout le mode opératoire : qui pourrait se suicider ainsi ? Pourquoi le frère du défunt a-t-il disparu ? Qui est véritablement son énigmatique fiancée ? Très rapidement, Nicolas conduira ses investigations à Paris, puis à Versailles dans l’entourage de la famille royale et de la favorite Madame de Pompadour. Dans un royaume toujours en guerre et agité par des querelles religieuses, il peut se révéler très dangereux de s’intéresser de trop près à des imbroglios politiques protégés par des secrets de famille.

Sous la plume experte de Jean-François Parot, le XVIIIe siècle devient véritablement le siècle de l’intrigue ! Dans un cadre incroyable qu’il rend à merveille, l’auteur développe une histoire hallucinante qui transporte les lecteurs dans un autre temps. Le mystère est si dense qu’il en est presque palpable. L’homme au ventre de plomb : le titre est prometteur et quand on sait à quoi ça tient, on n’a plus du tout envie de lâcher cet excellent polar historique. Subtil et efficace, comme on les aime.

D’aucuns ont reproché à cet opus son petit goût brumeux, encore très « début de série », avec des personnages aux contours un peu flous et aussi un scénario trop alambiqué dans lequel on se perd. A en croire certains critiques, il y aurait trop de gens dans cette histoire, et on ne saurait plus qui est qui… Du calme, les grincheux ! C’est la Cour du Roi de France, que diable ! C’est normal qu’il y ait du monde qui gravite par là … Et puis quoi ? S’il n’y a pas matière à quelques bonnes fausses pistes bien charpentées, ce sera cousu de fil blanc, tout simplement.

En cherchant bien, j’ai quand même trouvé çà et là quelques babioles à reprocher à ce roman qui figure parmi mon top 3 de la série des Nicolas Le Floch.

D’abord – et ce n’est pas nouveau – la très grande qualité littéraire du texte entraîne une certaine difficulté d’accès. Disons les choses : si vous avez acquis le second volume, c’est que le niveau langagier du premier opus, L’énigme des Blancs-Manteaux, vous convenait. C’est sans doute un peu contraignant de plonger dans le dictionnaire à tout bout de champ, mais il existe des solutions. Utilisez une liseuse : le dictionnaire est intégré ! L’auteur a aussi pourvu son texte d’une série de notes explicatives très intéressantes mais qui se trouvent malheureusement groupées à la fin. Encore une fois, ce n’est pas très pratique …

Que dire de notre Breton à la tête dure ? Il évolue, gentiment, mais suffisamment pour satisfaire les lecteurs. C’est encore un tout jeune homme qui n’a accepté qu’un seul cadeau de Louis XV pour son premier succès, obtenu quelques mois plus tôt : sa charge de commissaire de police. Mais, même si au fond de lui, il se sent désormais bien le fils du marquis de Ranreuil, il refuse d’en assumer le titre à la Cour. Il décide de demeurer dans un état d’entre-deux qui interpelle et enchante. Le mélange des sentiments, tels qu’ils sont décrits, est criant de vérité. Dans un registre moins sérieux, notre Nicolas inaugure sa carrière de tombeur professionnel : c’est encore calme ici, même si ça sent le fantasme masculin à plein nez.

Le héros n’est pas le seul à gagner de l’ampleur. Je pense au fin et délicat Monsieur de Sartine, secoué d’avoir approché de si près ce qu’il nomme dédaigneusement la « cuisine de l’enquête ». Un autre personnage historique mérite le détour : Madame Adélaïde, fille de Louis XV et princesse de France, qui est rendue toute en nuances, à la manière du portrait qu’en fit Jean-Marc Nattier en 1756.

Enfin, les récits de repas – un trait classique de la série – apportent une incontestable bouffée d’air frais dans notre époque javellisée. Je ne suis pas très portée sur ces longues digressions auxquelles l’auteur tenait visiblement et qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue (pour ne pas dire : rien du tout) … Pourtant, je me suis régalée en imaginant ce que diraient nos sacro-saintes autorités sanitaires – l’AFSCA, pour ne pas la nommer – de toutes ces tripailles : couenne frite taillée en bâtonnets, potage d’abattis d’agneau et hâtereaux de foie de porc. Miam !

Cela vous aurait-il mis en appétit ?

 

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