Ecrire – Le roman policier – Littérature policière, késako ?

Vous voulez écrire un roman policier ? Quel excellent choix ! Savez-vous qu’un roman sur quatre vendus est un roman policier ?

Les romans policiers, des romans de gare ?

André Gide sauve tout en affirmant que « la lecture d’une œuvre littéraire ne doit pas laisser son lecteur, à l’instant où il referme le livre, dans l’état où il était lorsqu’il l’a ouvert ». Amis du polar, nous avons donc de quoi faire, sans nous sentir exclus De toute façon, le succès est toujours un long chemin, quel que soit le genre.

Avant de vous lancer dans les sombres arcanes du crime, je vous propose un petit tour du propriétaire pour commencer, parce que c’est toujours mieux de savoir où on met les pieds.

Le roman policier classique s’articule autour d’une intrigue qui partant d’un fait criminel réel ou supposé met en évidence la recherche méthodique et progressive de preuves menée par un enquêteur professionnel ou « assimilé ». Six éléments s’y retrouvent, invariablement :

1)      Le crime ou le délit, déjà commis ou sur le point d’être commis, réellement perpétré ou que l’on croit avoir été perpétré … 50 nuances de crimes !

2)      Le mobile, LA réponse à la question qui tue (sans mauvais jeu de mots !) : à qui profite le crime ? (Cui prodest ? pour les amateurs de citations latines). Il y a toujours quelqu’un qui tire les marrons du feu, même si les indices de la première ligne ne l’accusent pas, même s’il jouit de l’alibi le plus inattaquable : il est là !

3)      Le coupable : eh bien oui ! A moins qu’il ne s’agisse d’un accident ou d’un suicide (ce qui est interdit par les règles « classiques », mais nous y reviendrons), il y a toujours un méchant, ou des méchants. Mais le plus souvent, nous trouvons schématiquement plusieurs boss de fin de niveau et un seul boss de fin de jeu.

4)      La victime, ou plusieurs victimes. Et parfois, ça tourne carrément à l’hécatombe. Certains auteurs sont des serial killers qui s’ignorent.

5)      Le mode opératoire : les bonnes pratiques du méchant, le « comment ? » toujours un peu cosmétique, mais si ingénieux et captivant.

6)      L’enquête, qui constitue le cœur de l’intrigue, avec toutes les variantes propres aux enquêteurs : les cendres de cigares relevées par Sherlock Holmes, l’oppressante mise sur la sellette chère à Hercule Poirot, les âmes méticuleusement pesées par le commissaire Maigret, la mémoire absolue de Cotton Malone ou le rafraîchissant duo Erica Falck-Patrik Hedström, entre krisprolls (ils aiment surtout les pains à la cannelle) et couches-culottes.

Il existe différents types de romans policiers, qui correspondent aux caractéristiques qui sont mises en valeur dans le texte – les éléments de l’enquête, l’ambiance, le cadre spatio-temporel ou les personnages – et à la manière dont le puzzle est assemblé :

–          Le roman d’énigme ou de détection, ou roman-problème, ou encore whodunit (Who has done it ? Qui a fait ça ?), qui fait cheminer le lecteur du mystère à la solution, avec, en point d’orgue, la révélation du nom du coupable et la reconnaissance des dons exceptionnels de l’enquêteur. Si l’on s’en tient à la recette traditionnelle, le lecteur doit disposer d’assez d’indications pour découvrir la vérité avant la fin. C’est un genre qui souffre de son côté cliché, avec ses conventions et ses personnages stéréotypés, notamment les héros enquêteurs à l’aspect inoffensif, comme le petit Belge aux longues moustaches, ou la vieille demoiselle férue de jardinage et incollable sur la nature humaine. D’aucuns ont donc voulu renouveler le roman d’énigme en proposant une variante, le roman de méthode d’investigation inversée dans lequel le coupable est révélé ouvertement au lecteur dès le début du récit, tandis que l’histoire suit les efforts de l’enquêteur pour identifier et arrêter le criminel et ceux du criminel pour lui échapper. C’est la structure narrative habituelle de la série Columbo (qui a vu le jour en 1968 – 50 ans cette année !) où la figure du héros ridicule, toujours à contretemps mais génial, est poussée au paroxysme.

–          Le roman noir (seul à pouvoir être qualifié de polar selon les puristes), qui est né aux Etats-Unis dans les années 20 et dont l’ambition première était de dénoncer les dérives sociétales de l’époque : le gangstérisme, la corruption politique et policière, l’argent au pouvoir, l’omniprésence de la violence. C’est le genre des héros « durs à cuire » charismatiques et torturés, des policiers à l’histoire personnelle difficile, plongés jusqu’au cou dans la résolution de meurtres effroyables et sanglants

–          Le roman de procédure policière, dans lequel les procédures d’investigation, décrites avec un réalisme maximum, sont des protagonistes à part entière

–          Le roman à suspense, le « roman de la victime » tandis que les romans noirs et à énigme relèvent plutôt du détective. Le suspense, c’est l’art de rendre la menace palpable en transposant l’angoisse de l’univers imaginaire à la conscience humaine. Dans ce type de roman, un personnage, dont le lecteur va immédiatement se sentir proche, est brutalement placé au cœur d’une situation dramatique – un danger imminent, une machination terrifiante – et l’auteur nous montre chaque étape de sa lutte pour survivre en jouant sur la montre, l’attente et la peur

–          Dans le thriller, l’action prime sur l’enquête proprement dite : c’est le lecteur lui-même qui est mis sous tension par une intrigue haletante, complexe et très structurée

–          Le roman policier historique, dont l’action qui mêle faits réels et fiction se situe dans un autre temps – au minimum un siècle en arrière, selon certains théoriciens. On n’est pas obligé de voyager dans l’espace pour créer un univers dépaysant pour le lecteur, mais le genre, qui peut parfaitement s’adapter aux différentes sensibilités développées jusqu’ici, requiert de solides recherches préalables, sans toutefois tomber dans la monographie historique pure et dure

–          Le roman policier ésotérique transgresse une autre des règles « classiques » en intégrant le surnaturel et/ou le sacré, avec subtilité pour ne pas glisser dans le fantastique ou sombrer dans le burlesque (quand on exagère vraiment), mais avec tous les avantages d’un effroi accru pour les protagonistes et aussi pour les lecteurs qui se prennent au jeu. Selon qu’on y fait intervenir ou non des éléments historiques (le plus souvent, toutefois), on parlera de roman policier historico-ésotérique

En voilà assez pour les grands déballages théoriques … Vous avez de quoi vous former votre opinion. Quant à moi, je n’aime toujours pas davantage les étiquettes et les petites cases. Libre d’écrire ce que je veux !

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