Policier classique – Les aventures de Sherlock Holmes, d’Arthur Conan Doyle

Savez-vous que Les aventures de Sherlock Holmes ont été interdites en Union Soviétique en 1929 pour raison d’occultisme ? Si vous comprenez pourquoi, faites-moi signe !

Un brin de contexte pour commencer. La vie du Docteur John Watson a basculé en juillet 1880, le jour où il a été blessé à la bataille de Maiwand, en Afghanistan. Rapatrié en Angleterre, il est obligé de renoncer à sa carrière de médecin militaire. Vivant comme il peut de sa maigre pension, il rencontre par hasard un certain Sherlock Holmes. Très vite, les deux hommes s’entendent pour partager un appartement à Londres, au 221b Baker Street. Holmes ne tarde pas à fasciner Watson qui entreprend de décrire ses activités hors du commun : c’est ainsi que Sherlock Holmes se révèle être, au fil des récits livrés par celui qui va devenir son ami et son confident, le plus extraordinaire des détectives de son temps.

Il s’agit, sans discussion possible, d’un classique parmi les grands classiques. Les lecteurs des célèbres Aventures ne se comptent plus, mais ce qui est remarquable, c’est que chacun d’entre eux nourrit sa petite préférence : chacun a son enquête de prédilection, tirée de l’immense corpus holmésien. Ce héros typé à l’excès a éclipsé les personnages créés par Edgar Allan Poe et Emile Gaboriau, et il a également réussi l’exploit de fédérer ses admirateurs depuis plus d’un siècle (le premier recueil est édité en octobre 1892). Et cela, malgré la tentative d’assassinat perpétrée par son propre auteur ! Mais en vain … Les lecteurs n’ont pourtant pas opté pour une solution à la Stephen King, avec séquestration et tout le toutim : ils se sont contentés de bouder. En 1903, dix ans après Le dernier problème, Conan Doyle cède à leur chantage en ressuscitant le célèbre détective, qui jaillit de sa retraite pour liquider la bande du Docteur Moriarty (La maison vide).

Je plaide coupable : je suis moi aussi une indécrottable, avec, comme tout le monde, ma petite enquête fétiche. L’affaire dont je ne peux me lasser, à l’écrit comme à l’écran (l’adaptation en série, avec l’acteur britannique Jeremy Brett dans le rôle titre, est un pur joyau !), c’est La bande tachetée, qui met à l’honneur l’un des thèmes parmi les plus efficaces de la littérature policière : le meurtre commis dans un local fermé de l’intérieur dans lequel la victime se trouvait seule au moment où … Ils sont nombreux, les auteurs qui ont relevé le défi d’ouvrir cette boîte de Pandore pour expliquer l’inexplicable : Edgard Allan Poe dans Double assassinat dans la rue Morgue, Gaston Leroux dans Le mystère de la chambre jaune, et aussi Agatha Christie. La reine du crime n’a pas hésité à s’attaquer à ce schéma diabolique dans son premier roman, La mystérieuse affaire de Styles. On peut dire qu’elle ne reculait pas devant la difficulté, et le résultat de ses efforts constitue peut-être l’une des déclinaisons les plus ingénieuses et les plus créatives de cette figure désormais classique.

D’aucuns diront que cette littérature, incontestablement classique, historiquement marquée, est dépassée, incapable de conquérir de nouvelles audiences parmi les jeunes générations. A les entendre, même le caractère délicieusement désuet de ces récits (la fin du règne de Victoria, puis la Belle Epoque edwardienne) n’arrive pas à les sauver du naufrage qui s’annonce… Je ne suis pas d’accord !

Prenez une autre affaire, Le Problème du Pont de Thor. Le pitch : l’épouse d’un milliardaire est trouvée morte assassinée d’une balle dans la tempe. Son corps gît au milieu d’un pont, à l’endroit où, à en croire le billet que la morte porte sur elle, la gouvernante lui avait fixé rendez-vous quelques heures plus tôt. La jeune femme est arrêtée, et le mari de la défunte engage Sherlock Holmes pour prouver son innocence. Au terme de l’enquête, Holmes prouve que la victime s’est bien suicidée et qu’elle a maquillé son acte de manière à faire accuser la gouvernante, dont elle était jalouse.

Sans trop réfléchir, je peux citer deux adaptations modernes de ce thème indémodable :

–          D’abord, le très savoureux Cyanure, de Camilla Läckberg, où Martin Molin, l’adjoint de Patrik Hedström (« Monsieur Erica Falck » – voir La princesse des glaces et suivants), est contraint de mener l’enquête sur le meurtre du grand-père de sa petite amie, puis sur une seconde mort suspecte –  des meurtres commis en vase clos, à Noël et en famille, sur une île suédoise coupée du reste du monde à cause d’une tempête de neige.

–          Ensuite, l’excellentissime série Elementary, avec Jonny Lee Miller en Sherlock Holmes tatoué jusqu’au nombril et Lucy Liu en Docteur Joan Watson (jolie pirouette !), avec des enquêtes qui se déroulent dans le New York d’aujourd’hui. Dans l’épisode 9 de la saison 2, On the line (Le prédateur), Le Pont de Thor est à nouveau revisité avec maestria ! Le classique est plié (au bout d’une minute sur la scène de crime, Sherlock débusque le suicide déguisé, mais tout indique ensuite que le coupable désigné, alors blanchi, est un prédateur de jeunes femmes qu’il enlève et assassine – Zut !) et replié encore (juste avant le suicide déguisé, le prédateur a enlevé une femme qui est peut-être encore en vie … Les enquêteurs doivent coincer l’homme sans mettre la victime en danger. L’effet de course contre la montre est très réussi), le tout pour le plus grand plaisir des spectateurs qui, comme moi, se régalent encore et toujours des textes originaux de Conan Doyle.

Alors, dépassé, le roman à énigme où le mystère est transformé en problème à résoudre ? Ça reste à voir …

Pour finir, quelques liens vers cette merveille de la littérature policière classique, avec deux remarques :

1)      La version Kindle est gratuite parce qu’il s’agit d’une œuvre tombée dans le domaine public. Intéressant donc pour les petits budgets (même si vous n’avez pas de liseuse, il existe une application Kindle qui permet de lire les ebooks sur PC et tablette)

2)      Pour les amateurs de papier qui ne craignent pas les briques, je recommande la version des Editions Omnibus de 2015, qui contient toutes les nouvelles (Les archives de Sherlock Holmes, Les mémoires de Sherlock Holmes …) : la traduction est plus proche de l’original et les deux héros sont tels qu’ils sont sortis de l’imagination féconde de leur auteur, c’est-à-dire jeunes, actifs et vigoureux, et non pas patinés comme qu’on nous les a montrés au cinéma. Les illustrations qui agrémentent le volume sont réellement très belles, mais il y a un hic : c’est un truc énorme … mais si charmant ! Pas portable, à peine transportable … Et alors ?

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