Polar nordique – Le prédicateur, de Camilla Läckberg

predicateurDans les rochers proches du petit port de Fjällbacka – la fameuse brèche du Roi qui vaut le coup d’œil : si vous ne connaissez pas, un petit tour sur Google Images devrait vous aider à vous figurer le grandiose de l’endroit – on découvre le cadavre d’une femme. L’affaire se complique quand apparaissent, enfouis plus profondément au même endroit, les squelettes de deux jeunes filles disparues 24 ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche magnétisait les foules en compagnie de ses deux petits garçons dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la lignée est divisée en deux branches qui se haïssent. L’inspecteur Patrik Hedström est chargé de l’enquête en cette période estivale où l’incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficile les dernières semaines de grossesse de sa compagne Erica Falck. Alors que s’assemblent les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. Une effroyable course contre la montre s’engage alors… La brigade de Tanumshede parviendra-t-elle à démêler cette sombre affaire à temps pour sauver la jeune fille ?

Je ne vais pas tourner autour du pot : ceci est un morceau d’anthologie, ciselé à la manière d’une œuvre d’art. Une intrigue efficace qui se développe dans une atmosphère provinciale suffocante de secrets plus inavouables les uns que les autres. Mais la vérité finit toujours par sortir de son puits…
A nouveau, c’est un certain regard sur la Suède, non plus prise dans les glaces d’un hiver sans fin, mais sous le feu d’un été brûlant qui casse le nez à toutes les idées reçues sur les Suédois perpétuellement chaussés de sabots, avec de grosses chaussettes, etc… C’est vrai qu’à force de nous montrer ses compatriotes empêtrés dans les histoires les plus sordides, Camilla Läckberg finirait par nous donner la frousse d’aller un jour fouler le sol de la patrie du groupe Abba, de crainte d’y croiser l’un des psychopathes qu’elle croque si bien.

C’est vrai aussi qu’il faut un talent exceptionnel pour créer un suspense qui reste intact jusqu’à la fin, malgré les indices qui sont livrés au lecteur sans pourtant jamais lui sauter aux yeux. Ce n’est qu’au terme de l’enquête qu’on se frappe le front en s’écriant : « Bon sang ! Mais c’est bien sûr ». Eh oui ! Mais non, en fait… L’ambiance envoûtante et magnétique colle merveilleusement au titre, tandis que les chapitres courts et bien troussés induisent un rythme de lecture rapide, pour ne pas dire effréné. Une fois qu’on est accroché, on enfile les pages les unes après les autres, et c’est tant mieux. Non seulement parce que l’intrigue est passionnante, un thriller au sens étymologique du terme, mais aussi parce qu’elle se décline sur plusieurs niveaux : en réalité, ce n’est pas une, mais plusieurs intrigues qui se croisent sans cesse d’une manière implacable. Les possibilités en sont décuplées : on ne peut pas reprocher à l’auteur d’avoir produit une histoire cousue de fil blanc. En revanche, si vous n’êtes pas pris par l’histoire – ça peut arriver : l’éternelle affaire des goûts et des couleurs – vous en ressortirez une impression de dispersion, qu’une fin plutôt bien tournée n’arrivera pas à gommer. Comme à son habitude, Camilla Läckberg déploie une palette de personnages, bien campés mais nombreux, avec un luxe de détails et d’éléments visuels qui peuvent aggraver encore le sentiment de longueur. C’est l’univers propre à l’auteur, dans lequel il faut consentir à entrer sous peine de traîner son ennui pendant des centaines de pages. Et même quand on adhère au petit monde de Fjällbacka, les romans de Camilla Läckberg sont d’une telle densité qu’il est préférable d’en espacer la lecture, histoire de s’octroyer un temps de respiration entre chaque histoire.
La plupart des critiques, même s’ils s’accordent généralement sur la grande qualité de cet opus, lui reprochent deux choses.

La première tient aux principaux protagonistes, Erica et Patrik, dont l’histoire d’amour connaît un développement naturel et prévisible : ils vivent désormais ensemble et ils attendent leur premier enfant. Un moment d’intimité plaisant, décrit avec une vérité désarmante et un humour qui a le don de dédramatiser cette période cruciale pour tous les couples : c’est très fort et très intime… Peut-être pas très adapté à certaines sensibilités de lecteurs, plus attachés aux faits criminels proprement dits. Erica, enceinte jusqu’aux yeux, est moins présente : pourtant, c’est elle, l’héroïne, c’est à elle qu’on s’identifie le plus facilement… Alors on souffre de la voir constamment sur la touche.

Quant au second problème, il n’est pas propre au cycle des enquêtes d’Erica : tous les auteurs qui créent une série sont confrontés à la même difficulté paradoxale qui consiste à conférer une identité propre à l’ensemble tout en singularisant chaque opus, sans tomber dans une quelconque forme de routine. Les lecteurs sont particulièrement attentifs à cet aspect, au point de se montrer parfois un peu rudes dans leurs commentaires. Je ne vais pas prétendre que Camilla Läckberg échappe miraculeusement au schéma, ou faire comme si je n’avais rien vu. Il y a certains mécanismes, comme le recours systématique à cette pirouette chronologique qu’est le flashback, que je ne suis pas toujours ravie de retrouver dans chaque roman : c’est un procédé que l’auteur inaugure ici avec timidité et talent, juste ce qu’il faut, avant d’en user plus tard un peu trop souvent à mon goût. Mais bon : même cervelle, même plume ! Les pommes ne tombent jamais loin du pommier, on n’y peut rien.

 

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