Polar ésotérique – La prophétie Charlemagne, de Steve Berry

prophetie_charlemagneLe pitch pour commencer, avec quelques allers-retours entre le passé et le présent… Un procédé désormais classique, mais toujours efficace.

An 1000, Aix-la-Chapelle. Othon III, roi de Germanie, pénètre dans la tombe de Charlemagne, inviolée depuis 814. Parmi de nombreuses reliques, il y découvre ce qu’il était venu chercher, un manuscrit couvert de symboles inconnus. Même lieu, autre époque : 1935, en Allemagne. Heinrich Himmler crée l’Ahnenerbe, un groupe d’archéologues et d’ésotéristes chargés de retracer les origines de la race allemande, des Aryens aux chevaliers teutoniques. Dans la sépulture d’un proche de Charlemagne, ils découvrent un parchemin portant les mêmes mystérieux symboles que ceux qui couvraient le manuscrit exhumé par Othon III neuf siècles plus tôt. Et enfin 2008 : Afin d’élucider la mort de son père, Cotton Malone, plus ou moins couvert par son ancienne patronne Stéphanie Nelle, va devoir déchiffrer les énigmes entourant ces deux manuscrits. Opiniâtre, il n’hésite pas à se mêler des secrets de l’inquiétante famille Oberhauser, pour faire aboutir son enquête à travers l’histoire, les cultures et les civilisations.

C’est un fait : les grandes civilisations englouties n’en finissent plus d’aiguiser l’intérêt du public. La prophétie Charlemagne est un bon polar ésotérique, même si la charpente tient davantage du scénario de cinéma que du schéma narratif. On est bien loin de Barjavel et de son ouvrage magistral, La Nuit des Temps, qui répond davantage à la grande question de la quête des origines.

Steve Berry nous livre cependant un divertissement de très bon niveau, servi par une écriture fluide (plus fluide que dans les trois premiers romans de la série) et par un sujet très accrocheur. C’est vrai qu’un peu de Germanie en mode médiéval, c’est un terreau plaisant et prometteur. La description de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle est réellement remarquable. Mais on ne reste pas très longtemps dans les entours des empereurs du Saint Empire Germanique. Au final, patatras ! Plusieurs centaines de pages de suspense, d’aventures, de découvertes – parfois bien tirées par les cheveux, mais c’est une loi du genre – pour en arriver à un résultat aussi décevant… toutes proportions gardées : en réalité, l’intrigue principale est bien moins complexe qu’on pouvait l’espérer. On tient pourtant, jusqu’au bout, même quand l’alchimie histoire-mystère ne fonctionne plus que sur trois pattes.

A côté de ce sujet principal sous-exploité, il ressort des nombreuses quêtes secondaires développées par l’auteur une impression nébuleuse et artificielle, comme si on avait voulu allonger la sauce. C’est vrai qu’ils sont nombreux, ces arcs narratifs, presqu’aussi nombreux que les personnages qui abondent véritablement au fil des pages. Pour les uns comme pour les autres, la conclusion est la même, sans appel : c’est brossé à la va-vite, sans trop de profondeur, et on aurait très bien pu se passer de tout ce fatras qui n’entretient qu’un rapport très formel avec le cœur de l’affaire, l’identification de ces signes mystérieux tracés sur les parchemins et de la civilisation disparue dont ils forment les derniers vestiges. Personnellement, j’aurais bien aimé en savoir davantage sur la douairière Oberhauser et son affreux garde du corps, à condition de demeurer au cœur de l’énigme : dans cette famille totalement acquise au nazisme, il n’aurait pas été inconcevable que le choix de l’épouse de l’héritier  ait été dicté par quelque secrète connivence, porteuse – pourquoi pas ? – d’une partie de la vérité. Oui, mais … En y réfléchissant, je préfère encore être restée sur ma faim que de m’être retrouvée embarquée dans une histoire de plus.

Une exception, toutefois, parmi la nuée de sujets « sous-rubriques » dont Steve Berry abreuve les lecteurs, pourtant piqués par la curiosité : la double recherche du père, menée de front par Cotton Malone et par les sœurs Oberhauser. Hélas, à chaque fois que l’auteur aborde ce sujet, il ne le fait que du bout des lèvres, comme s’il craignait d’en dire trop à propos de son charismatique héros. Ce dernier n’est d’ailleurs là que pour ça : l’élucidation de la mort du capitaine Forrest Malone, qui aurait mérité d’être davantage mise en lumière. Comment expliquer cette ardeur à ne rien révéler de trop ? Est-ce par calcul ? On pourrait comprendre que Steve Berry veuille continuer à nimber l’ancien agent de la Division Magellan d’un halo de mystère. Est-ce par pudeur ? L’auteur, qui est un ancien avocat, est peut-être resté marqué par le devoir de réserve nécessaire à l’exercice de sa profession. Il se peut très bien aussi qu’il s’agisse d’un trait de son caractère, bien que l’homme paraisse relativement à l’aise lors des interviews. Le plus beau, c’est qu’après s’être retenu pendant des pages et des pages, l’auteur se lâche à la fin, comme jamais auparavant. C’en devient même un peu trop mélo, tant il y a de contraste avec le reste du texte. Suis-je la seule à avoir relevé l’invraisemblance de cette histoire de corps congelé depuis des décennies, puis embaumé avec tant de talent que le cercueil peut ensuite rester ouvert ? Je ne voudrais pas passer pour l’insupportable terre-à-terre de service, mais la barbaque aurait dû se décomposer à vitesse grand V pratiquement à la seconde où on l’a sortie du frigo. Evidemment, c’est bien moins épique. J’admets pourtant avoir apprécié le fait de toucher du doigt l’âme du héros.

Un bon bouquin, un peu longuet parfois, mais jamais ennuyeux. Charlemagne ! Décidément, quel beau sujet !

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