Ecrire – Le roman policier – Quelques techniques d’écriture

C’est parti pour le charbon ! Alors, par quoi on commence ?

Se poser la question, c’est déjà une mauvaise idée : la base quand on écrit, c’est d’écrire ! Chaque jour, dès que possible, aussi souvent et aussi longtemps que possible, même quand ça résiste. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas fabriquer de briques tant qu’on n’a pas d’argile : tant qu’on n’a pas quelque chose à se mettre sous la dent – un matériau brut, un premier jet à corriger, raturer, biffer, tripoter – on n’a aucune chance d’arriver à quoi que ce soit.

Ce jugement peut sembler très dur, mais il est réaliste. Avez-vous lu La Peste, d’Albert Camus ? Le Docteur Rieux – le héros –  y fréquente un certain Joseph Grand, un petit fonctionnaire très dévoué à la cause commune et dont la marotte est d’écrire un roman : ça l’occupe depuis des années et pourtant, il n’a encore écrit qu’une seule phrase. D’où vient alors qu’il n’avance pas ? Jugez donc par vous-même !

La voix de Grand s’éleva sourdement : « Par une belle matinée du mois de mai, une élégante amazone parcourait, sur une superbe jument alezane, les allées fleuries du Bois de Boulogne ». Le silence revint (…). Grand avait posé la feuille et continuait à la contempler. Au bout d’un moment, il releva les yeux :

« Qu’en pensez-vous ? »

Rieux répondit que ce début le rendait curieux de connaître la suite. Mais l’autre dit avec animation que ce point de vue n’était pas le bon. Il frappa ses papiers du plat de la main.

« Ce n’est là qu’une approximation. Quand je serai arrivé à rendre parfaitement le tableau que j’ai dans l’imagination, quand ma phrase aura l’allure même de cette promenade au trot, une-deux-trois, une-deux-trois, alors le reste sera plus facile et surtout l’illusion sera telle, dès le début, qu’il sera possible de dire : « Chapeau bas ».

Mais, pour cela, il avait encore du pain sur la planche. Il ne consentirait jamais à livrer cette phrase telle quelle à un imprimeur. Car, malgré le contentement qu’elle lui donnait parfois, il se rendait compte qu’elle ne collait pas tout à fait encore à la réalité et que, dans une certaine mesure, elle gardait une facilité de ton qui l’apparentait de loin, mais qui l’apparentait tout de même, à un cliché. (…)

« Vous verrez ce que j’en ferai », disait Grand ; et tourné vers la fenêtre il ajouta : « Quand tout cela sera fini ».

« Tout cela », c’est la peste qui coupe Oran du reste du monde. Vous avez compris, ce blocage est accueilli avec une espèce d’auto-complaisance qui confine à la cécité et qui fait flèche de tout bois pour se justifier. Sans essayer, aucun succès… On s’en fout si c’est moche… On avance !

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Une fois qu’on a rejeté ses inhibitions, coupé le cou au syndrome de l’imposteur et enfin osé jeter l’encre sur le papier, c’est le travail qui devient la base de tout, mais vous êtes libre de l’organiser de la manière qui vous convient le mieux. Quoi qu’on en dise, c’est vous qui êtes le mieux à même de fixer votre rythme, d’établir vos rituels et de vous ménager les refuges les plus efficaces… Ecrire, c’est apprendre à se protéger contre soi-même et aussi contre les conditions extérieures : vous avez le droit de profiter de moments à vous dans un endroit qui vous plaît. On a beaucoup glosé sur les conditions idéales – la solitude, le silence, la nécessité de se déconnecter – mais en réalité, il n’existe qu’un seul cadre qui puisse vous convenir : le vôtre ! N’oubliez pas que votre activité mérite le respect de votre entourage… Si vous avez décidé de vous lancer et d’être assez fou pour vouloir vivre de votre passion – c’est une possibilité qui peut paraître séduisante – ne laissez personne vous dire que ce n’est pas un métier ! Même si vous en tirez du plaisir, cela reste un travail : une œuvre d’artisan, une épreuve au long cours qui vous donnera parfois l’impression d’être dans le ventre de la baleine, jusqu’à ce que vous accouchiez enfin de la vérité qui est en vous… C’est aussi un choix audacieux, que l’on ne peut poser qu’avec l’appui de ses proches, pour la raison toute simple qu’on a besoin d’argent pour vivre. A budgéter et à réfléchir, mûrement, avant de se jeter dans cette voie. Ne négligez pas les possibilités de repli, ne prenez aucune décision irréversible car personne ne sait de quoi demain sera fait.

Ecrire, écrire, puis se relire. Certains coachs conseillent de terminer le premier jet avant de relire quoi que ce soit… Ma modeste expérience m’a appris que pour rester dans le ton, il faut se relire tous les jours, plusieurs fois et à haute voix. Vous traquerez ainsi efficacement les répétitions, les tournures compassées, les blablas inutiles… La lecture à voix haute permet de leur substituer des expressions naturelles, celles qui vous viendront au moment où les mots qui ne conviennent pas jailliront de vos lèvres.

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Vous voulez quand même quelques astuces ? En voilà !

  • Donnez un titre à votre récit : c’est un bon truc pour fixer une ligne de conduite. Et n’hésitez pas à en changer si finalement il ne vous dit plus rien : rien n’est gravé dans le marbre. Vérifiez quand même qu’il n’existe pas déjà.
  • Pratiquez la technique du « résumé dilaté » : partez de la structure que vous avez créée et développez-la, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe, scène par scène. Ce n’est pas la panacée et au début, vous aurez l’impression que le résultat n’est vraiment pas fameux, du moins pas à la hauteur de vos espérances et de vos ambitions. Mais en procédant ainsi, vous produirez un premier jet que vous pourrez modifier à votre guise et bientôt, vous prendrez votre envol et vous n’aurez plus besoin de la béquille du résumé dilaté pour vous lancer à l’assaut de la narration.
  • Ne nourrissez pas trop d’idéaux littéraires : concentrez-vous sur l’aspect scénaristique et laissez-vous porter par ce qui prendra vie dans votre tête. Utilisez les verbes d’action plutôt que les verbes d’état. Méfiez-vous des descriptions d’états d’âmes, des adjectifs, des adverbes, des insistances mal placées, bref de tout ce qui peut alourdir votre prose, dans l’illusion de la rendre plus littéraire. Le seul résultat tangible sera, le plus souvent, de la rendre moins efficace… Mettez en scène ! Vous pourrez ainsi donner à voir plutôt que de décrire, inclure les cinq sens dans la perception du milieu dans lequel vous ferez évoluer vos personnages.
  • Cultivez le naturel dans tous vos écrits et surtout dans les dialogues. Relisez-vous à haute voix : c’est le meilleur moyen de couper tout ce qui est trop long ou artificiel. C’est simple : si vous êtes au bout de votre vie à la fin d’une phrase, c’est qu’elle est trop longue ! L’exercice vous mettra tout naturellement sur la voie du mot juste.
  • Soignez vos recherches et « vivez-les » : cela réduit les fastidieuses vérifications en cours de route.
  • N’hésitez pas à vous octroyer des temps de respiration, notamment pour prévenir les blocages. Faites du sport, allez au cinéma, voyez vos amis : écrire, c’est se nourrir de soi-même.
  • Ne vous enfermez pas dans un schéma : il n’y a rien de pire que de s’imiter soi-même. Cultivez la liberté, avant tout, même si l’écriture suppose une certaine discipline de vie et de travail.
  • Lisez ! C’est une autre forme de respiration, car les mots sont l’oxygène qui fait vivre les histoires, et la langue, une boîte à outils dans laquelle il ne faut jamais hésiter à puiser. Vous n’imaginez pas ce qu’on trouve dans les lignes des autres, ou plutôt entre leurs lignes. Certains pensent qu’il faut cesser de lire quand on entre dans un processus d’écriture… Un peu extrémiste, quand même !
  • Soyez vous-même ! Quelque chose vous fait rire ? Vous avez envie de l’écrire, mais cela ne fait rire que vous ? Assumez !

Allez ! On y croit !

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