Polar historique – La Source S, de Philippe Raxhon

Quel est le point commun entre le philosophe romain Sénèque, l’écrivain Oscar Wilde et l’empereur Napoléon 1er ? La Source S.

Qu’est-ce qui relie Paris, Palerme, Dublin, Tel Aviv, Rome, Waterloo, Sainte-Hélène et les chemins de la mémoire ? La Source S.

Qu’est-ce qui pourrait bouleverser notre vision historique du monde ? La Source S.

Qu’est-ce qui peut réunir un historien renommé, professeur à la Sorbonne, jouisseur, gourmand et amateur de grands vins sans modération, et une jeune chercheuse sicilienne ambitieuse, instable et sensuelle à tomber par terre ? La Source S.

Qu’est-ce qui peut tuer ou inviter à tuer avec un raffinement de cruauté ? La Source S.

Qu’est-ce qui constitue une énigme insoluble et le restera peut-être, même à la dernière page ? La Source S.

Qu’est-ce qui est authentique dans cette histoire ? L’impact de la Source S.

La Source S, un thriller à ne pas lire si vous êtes satisfait de vos certitudes.

Avec une quatrième de couverture pareille, toute tentative de résistance à La Source S est vaine : vous manquez de sommeil et vous aviez décidé de vous coucher tôt ? Tant pis, vous le ferez demain ! Les premières pages vous ont envoûté(e) ? Vous n’avez encore rien vu : attendez seulement d’être arrivé(e) aux pages 49 et suivantes… Je ne résiste pas à la tentation de vous faire partager par le texte l’exaltation que j’ai ressentie à la lecture de ces lignes. Jugez donc par vous-même !

« Ceci est la dernière lettre que je t’écris, et tu comprendras, au fil de sa lecture, qu’elle doit absolument rester secrète, c’est la dernière marque d’amitié que je sollicite de ta part : ton silence absolu, car je vais bientôt disparaître et je vais maintenant m’en ouvrir à toi (…) 

J’ai souvent déploré l’état de Rome, ou plutôt l’esprit de nos concitoyens. Assoiffés de plaisirs immédiats, imbus par une puissance dont ils n’ont pas eux-mêmes fait la conquête, méprisant envers leurs ancêtres  qui leur ont offert cette puissance, ils abandonnent leurs dieux comme on quitte une bonne maîtresse dont on s’est lassé des caresses et des baisers. Ils abandonnent le principe même des dieux gouvernant leur destinée, ne laissant aucune chance au stoïcisme de le remplacer. (…)

Les dieux des Romains s’éteignent dans leur cœur, dans l’éclat de leur indifférence corruptrice, et cette indifférence menace la moralité publique et donc l’Empire : le dieu des Juifs brûle dans leur cœur, dans la noirceur de leur colère inassouvie, et cette colère menace la paix publique, et donc l’Empire. Les dieux ne séduisent plus les hommes de bien, et le dieu séduit les hommes pervers.

Je suis persuadé que le stoïcisme serait l’alternative  pouvant sauver l’Empire de la décadence, elle nous rendrait cette force, cet honneur et cette volonté virile qui a fondé la République. Je suis persuadé aussi que le dieu des Juifs, l’idée d’un dieu colérique auquel se soumettre dans l’abandon de soi et de son libre arbitre, est plus fort et plus séduisant que jamais aux yeux des faibles, qui dominent largement le monde. Notre Empire, il est vrai, les a multipliés ces faibles, dans l’entreprise de la nécessaire soumission des peuples pour assurer sa croissance et sa sécurité. (…)

Comment pouvais-je rendre populaire le stoïcisme à Rome et dans tout l’Empire, et en même temps diviser les Juifs afin d’affaiblir leurs légions et l’arrogance de leurs prêtres ? J’ai trouvé une réponse à cette question qui a causé ma perte aujourd’hui et probablement celle de l’Empire demain. (…)

Mon projet était extrêmement simple : raconter une belle histoire facile à comprendre, qui contiendrait sans l’afficher l’essentiel du message stoïcien, la faire diffuser comme une rumeur parmi les foules, et ne jamais permettre l’identification de son auteur pour qu’elle reste une rumeur libre qui enfle et se transforme au gré des récits colportés. (…)

J’ai décidé de mettre en scène un personnage à la fois banal et exceptionnel de la façon la plus élémentaire qui soit, en laissant des vides dans le récit afin de stimuler l’imagination naturelle de mes innombrables destinataires. (…)

Mon récit reposait sur les aventures et les déboires d’un personnage émergeant de la société juive, dans lequel pourraient se reconnaître les Juifs eux-mêmes, tout en étant divisés sur ses intentions, afin de stimuler la polémique, la  division et le désarroi entre eux.

J’ai donné à mon personnage un prénom juif des plus communs, Yehoshuah. J’ai été laconique sur son enfance, sinon qu’il est né dans un milieu humble, mais prétendument descendant de la lignée du roi David. Arrivé à l’âge adulte, j’en ai fait un prédicateur, durant un bref ministère public au sein des Juifs, entouré de disciples (…) J’ai bien entendu imaginé une fin dramatique, un ultime repas avec ses frères, une arrestation, un jugement voulu par les Judéens eux-mêmes, une exécution sanglante pour illustrer leur cruauté.

Durant son ministère, mon personnage a véhiculé un message simple : l’implantation très prochaine en Judée du royaume de Dieu, dont il est le messie attendu des Juifs, puis viendrait son sacrifice, et l’annonce de son propre retour parmi les hommes. (…) Ce personnage ne pouvait pas revenir puisqu’il était mort et surtout puisqu’il était issu de mon imagination ! Mais j’estimais que la déception qui en découlerait pour les Juifs, en situation d’attente (…) aurait été de nature à accentuer leurs divisions internes déjà si nombreuses.

J’ai glissé dans la bouche de mon personnage quelques adages, principes et enseignements stoïciens adaptés à des oreilles populaires. (…)

Pour conclure, je dois à la vérité que… »

 

C’est sur cette fin tronquée que s’achève la lettre perdue de Sénèque à Lucilius, celle qui ne figure dans aucun corpus… Une lettre vieille de 2000 ans, écrite le jour même de la mort du grand philosophe stoïcien en avril 65… Une lettre au contenu explosif ! Une mystification ?… Et si ce texte était authentique ? Et s’il était publié ? Quel bouleversement ce serait pour l’Histoire de la civilisation occidentale… Mais où est la fin ? Et surtout que dit cette fin ? Pourquoi l’a-t-on si soigneusement détachée du reste de la lettre ? Est-ce parce qu’elle établit des faits encore plus graves que ceux qui figurent dans les premiers paragraphes ? Comment en être sûr ? En mettant la main dessus, tout simplement…

C’est ce à quoi vont s’atteler les deux héros de cette quête épique, François Lapierre, professeur à la Sorbonne, et Laura Zante, docteur en Histoire, à l’origine de la découverte du précieux document. On s’embarque avec eux dans un mélange de curiosité et de jubilation, au gré des nombreux voyages que les deux scientifiques vont entreprendre sur les traces de cette Source S désormais au cœur de toutes leurs préoccupations… et des nôtres !

L’auteur nous emmène dans un monde qu’il connaît bien, celui de la recherche universitaire dont il décrit le fonctionnement sans beaucoup de ménagement, mais avec un petit clin d’oeil sympathique à son Alma Mater, l’Université de Liège. Et pour tous les historiens de formation, comme moi, il y a la délicieuse sensation que procure la lecture d’expressions presque oubliées, comme « apparat critique », perdues dans les profondeurs de l’inconscient et le souvenir confus des cauchemars de veille d’examen…

L’argument de cette fiction hors du commun est merveilleusement servi par le phrasé simple et direct de l’auteur, qui réussit l’exploit d’accumuler les faits et les descriptions sans jamais lasser. La Source S est un roman érudit, extrêmement dense, mais jamais ennuyeux parce que le fil conducteur est toujours clairement identifié… Et puis il y a la dynamique même du récit, avec ces événements qui s’enchaînent, les révélations dans la foulée, ces meurtres en série, ces questions qui ne cessent de se multiplier alors que les deux personnages principaux n’ont de cesse d’y apporter des réponses, tous ces éléments distillés petit à petit… Je suis restée littéralement accrochée à ce livre, le souffle court, jusqu’à la dernière page… J’étais habitée par les mêmes doutes qui font vaciller le professeur Lapierre dans ses certitudes scientifiques : faut-il et peut-on tout révéler, au nom de la science ? Sous prétexte de faire avancer les connaissances, a-t-on le droit de s’enfermer dans une bulle à l’écart de tout et de tout le monde ?

Que dire de plus ? Des descriptions de lieux vraiment magnifiques, des recettes de cuisine qui font prendre trois kilos rien qu’en les lisant, et cette source, omniprésente et inaccessible… Et cette fin habilement troussée…  Un excellent moment de lecture, un roman divertissant et stimulant qui tient ses promesses.

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