Polar classique – Le chant des corbeaux, d’Erin Hart

Lorsque des fermiers irlandais font une découverte macabre dans une tourbière – ce qui semble bien être le corps d’une femme dont n’émerge encore que la tête aux longs cheveux roux, en parfait état de conservation – l’archéologue Cormac Maguire et le docteur Nora Gavin sont mandatés pour venir prêter main forte à l’inspecteur Garrett Devaney qui se trouve déjà sur place. L’enquête s’annonce ardue : s’agit-il d’un accident ou d’un crime récent, ou d’un fait archéologique ? En effet, le milieu humide et acide de la tourbière empêchant la décomposition, il est difficile de déterminer depuis combien de temps la morte repose là – 20 ans, 200 ans, 2000 ans. Au moment de la déterrer, Nora et Cormac découvrent qu’il n’y a que la tête : aucune trace du corps… Des examens approfondis révèlent bientôt la présence d’un objet métallique fermement serrés entre les mâchoires de la morte, une alliance avec une date : 1652. Pour ajouter encore aux interrogations et aux doutes des enquêteurs, Hugh Osborne, un important propriétaire terrien des environs, déboule sur la scène de la découverte de la tête, voulant à toute force vérifier qu’il ne s’agit pas de sa femme Mina, disparue deux ans auparavant avec leur fils Christopher. Tout en creusant le destin tragique de la femme rousse inconnue, les enquêteurs vont être plongés dans le mystère de cette double disparition, d’autant plus qu’Hugh Osborne, désirant faire avancer un projet de construction sur le site d’un ancien prieuré qui lui appartient, propose à Cormac et à Nora de venir effectuer les fouilles archéologiques préalables nécessaires à la constitution du dossier. Par commodité, l’homme va même jusqu’à les accueillir chez lui, à Bracklyn House, un manoir orné d’étonnantes statues de corbeaux. En parallèle, les recherches menées par Devaney, qui démêle l’écheveau des relations unissant les habitants de ce milieu rural, menacent de mettre au jour quelques secrets dangereux, depuis longtemps enfouis.

Un excellent moment de lecture et un magnifique premier roman pour Erin Hart, la romancière américaine passionnée d’Irlande et de tourbières… C’est vrai qu’après avoir jeté un petit coup d’œil aux photos de l’homme de Tollund, qui est resté dans la tourbe pendant deux millénaires, on ne peut qu’être fasciné. Le style est beau, c’est bien écrit, bien construit, plaisant, dépaysant : parfait ! L’intrigue, particulièrement efficace, tient la route en exploitant très habilement le ressort historique : le passé – 350 ans quand même, l’époque de Cromwell – et le présent s’entrecroisent d’une manière presque diabolique, jusqu’à ne former qu’une seule trame sur laquelle naviguent les enquêteurs. Honnêtement, personne ne peut croire, au moment où il apparaît qu’il ne reste que la tête de l’inconnue de la tourbière, que cette dernière puisse être la victime d’un banal crime contemporain : tout de suite, on met la main en visière et on scrute le passé tourmenté de cette Irlande aux couleurs et aux passions si vives. L’auteur, qui  s’est documentée au petit point, a réussi à insuffler une âme à son récit où toutes les composantes de l’identité irlandaise trouvent naturellement leur place : les paysages sauvages d’une beauté à couper le souffle, le patrimoine bâti et naturel témoin d’événements douloureux, et surtout la musique, toujours très présente, jusque dans les mots choisis par l’auteur…

Mention spéciale pour les personnages, très attachants et bien typés : Nora Gavin, Américaine, médecin, exilée volontaire en Irlande dans l’espoir d’y reprendre une vie normale après l’assassinat de sa sœur Triona ; Cormac Maguire, Irlandais, archéologue, passionné par son métier dans lequel il cherche visiblement un dérivatif à une douleur intime – l’abandon du domicile familial par son père alors que Cormac était tout enfant ; et enfin Garrett Devaney, le flic irlandais pur jus, violoniste amateur dans un pub, tenace et un peu teigneux, plus ou moins remonté contre sa hiérarchie, et qui a décidé de reprendre l’enquête Osborne qu’il est censé céder à un service de Dublin. Un trio de choc, bien équilibré, qui emmène les lecteurs sur les traces de la cailin rua – la fille rousse en dialecte – et de sa petite sœur indienne, l’autre disparue, Mina Osborne, qui cherchait à s’intégrer dans ce terroir traditionnel jusqu’au jour où…

Un roman à l’atmosphère envoûtante, quasi fantastique, qui se dévore d’une traite, avec un découpage en chapitres courts qui plaît infiniment – surtout quand on lit tard le soir – et qui masque un peu certaines longueurs que l’on pardonne d’autant plus volontiers que la matière est passionnante. Un dernier clin d’oeil à ma précédente chronique relative à Erin Hart : La légende de la sirène gagne à être lue à sa place dans la série des aventures de Nora et Cormac – c’est-à-dire la troisième. Le principe de toutes les séries…

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