Polar ésotérique – Le rituel de l’ombre, d’Eric Giacometti et Jacques Ravenne

Ce roman inaugure la série des enquêtes du commissaire Antoine Marcas – une série sur laquelle il est impossible de ne pas embrayer, toutes affaires cessantes – et c’est LA référence du polar ésotérique français.

Rome, Palais Farnèse. Une archiviste du Grand Orient est assassinée lors d’une soirée à l’ambassade de France : d’après les premières constatations, le meurtre a été commis selon un rituel qui évoque la mort d’Hiram, le fondateur légendaire de la franc-maçonnerie. Le contexte des investigations est diplomatiquement compliqué puisque le crime, commis dans l’ambassade, nécessitera certainement des démarches dans la ville de Rome.  Le commissaire Antoine Marcas, un policier français qui assistait à la soirée, lui-même maître maçon, est chargé de cette enquête délicate. On lui adjoint le chef de la sécurité à l’ambassade, la belle Jade Zewinski, une femme d’action qui déteste les francs-maçons… Presqu’au même moment, à Jérusalem, un archéologue en possession d’une énigmatique pierre gravée subit un sort similaire à celle de l’archiviste. Il semble bien que la vérité puise sa source dans le passé, à l’époque de la seconde guerre mondiale, lorsque certains dignitaires Nazis, rassemblés dans la société Thulé et adversaires de la franc-maçonnerie, rêvaient de fonder le règne de la race aryenne supérieure. Soixante ans après la chute du IIIe Reich, les archives des francs-maçons dérobées par les Allemands continuent à faire couler le sang. Mais quel secret immémorial se dissimule entre leurs pages jaunies ? Un secret pour lequel on tue…

Avec sa qualité rédactionnelle et documentaire, c’est le genre de roman dont on devient très vite complètement accro. Même si la mise en place – quoique passionnante –  est un peu longue et particulièrement dense, on est à fond dans l’histoire dès les premières pages. C’est un engouement à la limite de la fascination, que je n’avais encore jamais ressenti à un degré pareil : impossible de lâcher ce livre, et pourtant ce n’est pas une lecture facile. Une fois que l’action est lancée, Le rituel de l’ombre évoque invinciblement le Da Vinci Code de Dan Brown, mais un Da Vinci Code à la française, mieux documenté et qui ne fait que paraître relever d’un effet de mode – la mode des polars ésotériques avec des sociétés secrètes séculaires, une conspiration bien machiavélique et un secret pour lequel tout le monde s’étripe avec plus ou moins d’entrain. C’est vrai qu’il existe un dessein secret que poursuit une société occulte terrifiante, à la recherche de mystères perdus. Mais là, c’est du lourd : Eric Giacometti et Jacques Ravenne nous emmène sur les traces des SS endoctrinés par Heinrich Himmler et persuadés comme lui d’appartenir à une race supérieure destinée à dominer le monde, comme ce fut le cas dans des temps immémoriaux… Et la réalisation du grand projet délirant de Himmler, ce nécessaire rétablissement de la puissance aryenne,  passe par un curieux rituel dont il faut reconstituer les étapes.  C’est un thème qui est cher aux deux auteurs français qui le retrouvent avec bonheur dans Le triomphe des ténèbres, le premier volume de leur nouveau cycle Soleil Noir, dont la suite est annoncée pour le 15 mars prochain. Sur le sujet des menées occultistes nazies, je recommande Le matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier (1960, réédité depuis) et Le nazisme revisité. L’occultisme contre l’Histoire, et Les mystères du nazisme. Aux sources d’un fantasme contemporain, de Stéphane François : deux monographies qui permettent d’approcher de près le thème de l’occultisme nazi et son image aujourd’hui.

J’avoue avoir beaucoup apprécié le côté documentaire de ce roman – ce que certains esprits chagrins lui ont précisément reproché. En fait, c’est tout ce que j’ai toujours voulu savoir sur la franc-maçonnerie dans avoir jamais osé le demander… ni à qui le demander. En dehors du décor extérieur grandiose de la loge maçonnique de Huy – mon coin en Belgique – je n’avais jamais vu de mes yeux les autres symboles, jusqu’à cet enterrement auquel j’ai assisté : le défunt était maçon et sur son cercueil, ses proches avaient disposé le tablier, l’épée et les gants. Mais avouez que le contexte ne se prêtait guère aux questions…

Que dire encore de ce roman incroyable qui emmène les lecteurs jusque dans les grottes de Lascaux ?

L’écriture est belle et efficace, le style est fluide, les personnages humains et attachants – surtout le personnage principal, Antoine Marcas, qui vit sa propre vie et a ses propres fans – l’histoire est prenante et truffée de références historiques et maçonniques toutes plus passionnantes les unes que les autres… Le ton y est unique, différent de celui qu’on trouve dans les autres romans du même genre. Un roman qui fait avancer les connaissances des lecteurs sur des sujets souvent galvaudés… Le plaisir de lire à l’état pur.

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