Polar ésotérique – La lance de la Destinée, d’Arnaud Delalande

Dépêché par Pilate, le légionnaire Longinus est chargé de s’assurer de la mort des condamnés du jour, au Golgotha, cette éminence située un peu à l’écart de Jérusalem où les malheureux doivent se traîner pour y subir leur sort funeste. Alors que les jambes des deux autres suppliciés sont brisées, Jésus est achevé par Longinus qui lui perce le flanc de sa lance. Mais devant cet homme qui a déjà l’air mort, le soldat est frappé par l’évidence de la révélation… Converti à la nouvelle religion, Longinus décide de cacher la lance qui a percé les chairs du Christ : cet objet qui recèle une puissance incroyable doit être soustrait au monde, dissimulé dans une chapelle souterraine. De ce geste fort, Longinus s’explique longuement dans un manuscrit qui va traverser les siècles. Deux mille ans plus tard, c’est ce témoignage précieux qui est exhumé de la tombe d’un Templier, nichée dans la nécropole de la basilique Saint-Pierre. Sur la foi des informations contenues dans le parchemin, une équipe d’archéologues est envoyée à Megiddo à la recherche de la lance, mais les chercheurs, dont les fouilles viennent d’être couronnées de succès, sont sauvagement assassinés et la relique est volée. Judith Guillemarche, jeune archéologue et conseillère spéciale auprès du Saint-Siège, est chargée d’enquêter sur cette tragédie. Sa mission : identifier les responsables de ce carnage derrière lequel se cache une organisation secrète, l’Axus Mundi. Ce qui est inquiétant, c’est que le groupe compte en son sein plusieurs chercheurs en rupture de ban avec le milieu scientifique. Alors qu’elle cherche à reconstituer le puzzle du parcours de la lance à travers les siècles, Judith se trouve propulsée malgré elle au cœur d’une aventure terrifiante, car le projet avoué d’Axus Mundi est de recréer l’ADN du Christ à partir des particules de sang conservées sur  la lance de Longinus. Et ensuite ? Une fois la molécule reconstituée, il suffira de procéder à une insémination artificielle pour ressusciter Jésus… Pour Judith et son ange gardien, le prêtre tout-terrain Anselmo, une seule chose importe : agir avant que ne survienne l’irréparable et que la vie ne soit en marche dans le ventre d’une « nouvelle Marie ». C’est une folle course contre la montre qui s’engage afin d’empêcher le délire hallucinatoire de ces nouveaux sorciers prêts à tout pour s’arroger le pouvoir divin.

Au-delà du thriller, ce roman propose une réflexion sur les vertiges que suscitent les progrès technologiques et l’ambivalence de l’ésotérisme. Le feu du ciel peut-il être maîtrisé sans entraîner la chute de celui qui y prétend ? Je n’ai pas l’habitude de proposer un aussi long résumé, ni de m’aventurer sur les pentes glissantes des débats théologico-philosophiques, mais je crains qu’en dépit d’un thème accrocheur, ce roman n’ait pas grand-chose d’autre à offrir. Littérairement parlant, l’action s’achemine, presque depuis le premier chapitre, vers un dénouement attendu et improbable qui laisse l’impression d’une voie sans issue. Quant au fond, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose en soi de dévier un peu du propos habituel des polars ésotériques et d’embrayer vers des conceptions un peu plus élevées. Mais ce qui m’ennuie surtout, c’est le mélange des genres pratiqué de telle manière qu’on ne finit par ne plus savoir ce qu’on tient en main : un roman ou un essai éthique/spirituel/philosophique ? Les caractéristiques extérieures sont bien celles du roman, mais certains contenus ne cadrent pas du tout. La plume est belle, mais le fond est inégal, et les personnages eux-mêmes, à la limite de la crédibilité, ressemblent à ces prête-noms qu’on suit à contre-cœur.  Dommage, parce que l’Axus Mundi constituait un vrai bon groupe de méchants, comme on les aime dans ce genre-là. Et puis il y a ce petit parfum de scénario, ce rythme effréné, ce style très visuel et très réussi…

Je finirai par croire que ma main va systématiquement se poser sur le n°2 ou le n°3 d’une série… La lance de la Destinée confirme cette règle : Judith Guillemarche est déjà la vedette d’un autre roman d’Arnaud Delalande, apparemment bien mieux troussé que cette Lance qui peine à se trouver un destin : à en croire les critiques des lecteurs, Notre-Dame sous la terre, un roman paru en 1998, semble valoir le détour. D’autres titres du même auteur : L’Eglise de Satan (2002), La musique des morts (2003) et Le piège de Lovecraft (2014).

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