Polar historique – Le crime de l’hôtel Saint-Florentin, de Jean-François Parot

En cet automne 1774, Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil et commissaire au Châtelet, traverse une période difficile : Louis XV est mort et Sartine quitte ses fonctions de lieutenant général de police pour rejoindre celles de secrétaire d’Etat à la marine. Désormais sous les ordres de Le Noir, Nicolas doit enquêter sur un crime commis à l’hôtel de Monsieur de Saint-Florentin, duc de Vrillière et ministre du jeune roi Louis XVI. La quête de la vérité va le conduire à Paris, hors les murs, chez les éleveurs de bestiaux, et à Versailles, où il peut assurer sa position auprès du nouveau roi. Fiacre fantôme, meurtres en série, étonnante arme du crime ponctuent cette enquête où se mêlent l’argent, la débauche,  l’espionnage et toutes les folies d’une jeune cour où perdurent rivalités et affrontements.

D’un volume à l’autre de cette série consacrée aux enquêtes de Nicolas Le Floch, ici le cinquième volet, c’est toujours le même charme qui opère, la même écriture riche et plaisante, le même style délectable. D’aucuns diront que c’est très historique pour un roman policier, mais cette intrigue touffue aux quatre histoires imbriquées mérite sans conteste les deux qualifications. Une mention spéciale pour le découpage très old school en longs chapitres, avec des descriptions et des digressions qui pourraient déplaire si elles ne s’appuyaient sur une érudition incroyable.

L’auteur nous emmène à la suite de son héros, le très attachant Nicolas Le Floch qui, parvenu à un tournant capital de sa vie privée puisqu’il vient de découvrir l’existence de son fils de treize ans, doit également louvoyer pour assurer sa position à la Cour. La faveur royale n’est pas en cause, mais c’est la Cour – la nouvelle Cour – qui considère avec méfiance celui que Louis XV avait élevé dans le cercle de ses intimes, pratiquement du jour au lendemain.

Je ne résiste pas à la tentation de partager la description du nouveau couple royal, sous la plume délicate de Jean-François Parot :

« – Monsieur, dit le roi en hésitant un peu, j’apprécie votre jugement et votre connaissance des hommes. Promettez-moi de nous dire toujours la vérité. J’ai besoin autour de moi d’honnêtes gens. Il faut m’aider…

La sensible et franche nature de Nicolas fut touchée par cet appel si simplement exprimé. Il se jeta aux pieds du roi qui le releva rouge d’émotion et le reconduisit avec un naturel désarmant jusqu’au petit escalier. Confus, Nicolas tenta sans succès de se retirer à reculons comme l’exigeait l’étiquette. Il redescendit comme au milieu d’un rêve et se retrouva, après les dédales des couloirs, dans les jardins. Pour émouvante qu’elle fût, la simplicité du souverain n’allait pas sans questions. Pour Nicolas, elle élevait l’homme privé, mais qu’en était-il du souverain symbole de l’Etat. Respectait-on autant ce qu’on connaissait trop bien ? L’amour de la royauté imposait un respect sans bornes des formes. L’obéissance extrême aussi bien que la plus humble soumission ne recelaient d’ailleurs rien de servile quand elles s’adressaient à celui qui, représentant de Dieu sur terre, serait un jour prochain sacré à Reims »

Et plus loin, la reine :

« Un grand fauteuil attendait la reine qui, annoncée par l’huissier, entra entourée de ses femmes. Sa démarche inégalable frappa d’admiration Nicolas. Elle glissait sur le sol dans un souple balancement de tout le corps. Cette impression était renforcée par le port altier de la tête. Il songea à un cygne. Depuis leur première rencontre, quatre ans auparavant, il ne l’avait observée que de loin. Elle lui parut un peu forcie ; ce n’était plus une enfant, mais presque une femme. Pas très grande, le teint éblouissant, elle dominait l’instant, portant son regard, aux yeux bleus un peu lourds mais pleins d’expression, sur chacun des visiteurs. Le front haut et bombé rappelait les portraits de son père, l’empereur François. La douceur du sourire relevait ce que la bouche pouvait avoir d’un peu dédaigneux. Elle portait une robe de taffetas blanc garni de gaze mouchetée, avec des parements du même tissu et un bonnet à l’anglaise. Répondant aux révérences de ses hôtes, elle inclina la tête avec grâce ».

Des évocations plus vraies que nature. Une série incontournable pour tous les amoureux de l’Histoire.

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