Policier classique – Six hommes morts, de Stanislas-André Steeman

Ils étaient six… Six copains, six jeunes hommes qui avaient décidé de courir l’aventure à travers le monde et de se donner cinq ans pour faire fortune. Ils avaient aussi résolu de se retrouver au terme du délai imparti et de tout partager, à égalité, quel que soit le butin de chacun. Senterre a réussi : il est riche… Perlonjour a échoué. Quant à Namotte, il ne reviendra pas : il est tombé à la mer pendant le voyage en bateau qui le ramenait d’Orient. Un accident ? Non, affirme Gernicot, le troisième à arriver au rendez-vous et qui tombe peu après sous la balle d’un inconnu. Selon Gernicot, ils sont tous menacés de même sort funeste, mais par qui ? C’est ce que devra découvrir l’enquêteur chargé de l’affaire,  l’inspecteur Wenceslas Vorobeïtchik, alias Monsieur Wens.

Stanislas-André Steeman est né à Liège en Belgique le 23 janvier 1908. Doté d’un talent précoce, il a seize ans lorsqu’il envoie des contes au journal parisien Le Sourire qui les publie sans se douter de l’âge de leur auteur. En 1924 et 1926, il fait publier à Paris deux recueils de contes, Ephémères et Histoires belges. C’est à cette époque qu’il entre au journal La Nation belge où il officiera jusqu’en 1933. En 1927, il publie Un roman pour jeunes filles, son premier roman, avant d’aborder le genre policier avec Le mystère du zoo d’Anvers qui est publié dans la collection Le Masque. Il obtient en 1931 le Prix du Roman d’aventures de la collection Le Masque pour Six hommes morts, objet de cette chronique. Stanislas-André Steeman, qui est décédé à Menton en décembre 1970, est sans conteste l’un des écrivains francophones les plus importants, affirmant par son œuvre la spécificité du roman policier non anglo-saxon. Pour l’anecdote, il fut qualifié de « Simenon belge » par des critiques qui avaient manifestement oublié que Simenon aussi était Belge (et Liégeois!)

Six hommes morts, c’est un livre miniature, riquiqui quand on le compare aux briques que l’on nous sert aujourd’hui : 156 pages au format de poche, mais tout y est ! La joie des retrouvailles – ou l’amertume, selon que la tentative ait ou non réussi  – puis la stupeur, et la peur qui s’installe chez les survivants, avec l’impression d’un piège insondable et effroyable qui se referme inexorablement sur eux…  Un pur et hallucinant concentré de talent, avec un suspense terrible et efficace, et en même temps, on ressent à le lire une espèce de bien-être inexplicable. Au fil des pages, on a l’impression d’assister à une séance de cinéma des années 30, avec un charme rétro qui enchante et hypnotise. L’influence du film tiré de ce roman, Le dernier des six, de Georges Lacombe (1941) n’est sans doute pas étrangère à ce sentiment persistant. Et une fois qu’on l’a vu, il est impossible d’imaginer Monsieur Wens sous d’autres traits que ceux de Pierre Fresnay.

Avec son petit gabarit, son style très fluide et visuel, ses nombreux dialogues, ses personnages typés et ses rebondissements époustouflants, c’est aussi un roman facile à lire, même pour les plus jeunes. Encore une curiosité à relever par rapport aux productions actuelles. La trame fait invinciblement penser aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, qui est chronologiquement postérieur. On y retrouve, comme dans un autre roman du même auteur, L’assassin habite au 21 (porté à l’écran en 1942 par Henri-Georges Clouzot), la volonté de se conformer aux règles classiques du roman policier, notamment l’égalité déclarée du lecteur et de l’enquêteur. Un idéal mythique pour certains, mais magistralement mis en scène par S.A. Steeman.

Un classique à mettre dans toutes les mains.

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