Polar historique – L’énigme San Giovanni, d’Iain Pears

Lorsque l’inspectrice Flavia di Stefano reçoit un coup de téléphone la prévenant d’un vol imminent dans le monastère San Giovanni, elle prend l’affaire d’autant plus au sérieux que son supérieur, le général Bottando, lui a demandé d’éviter les incidents jusqu’à sa prochaine mutation, et que l’endroit abrite un célèbre Caravage… Quelques jours après, le père Xavier, supérieur du couvent, est agressé dans l’église et une icône sans aucune valeur, qu’on avait reléguée dans un coin obscur de l’église de San Giovanni, disparaît… Aussitôt, la ferveur dont la population du quartier entourait autrefois l’image sainte semble ranimée par une grâce divine. Tandis que Jonathan Argyll, épaulé par l’ancien supérieur de San Giovanni, fouille les archives pour retracer l’histoire de cette mystérieuse œuvre d’art, Flavia examine les nombreuses pistes qui s’offrent à  eux. Entre la grande voleuse Mary Verney – véritable « Giotto » que toutes les polices d’Europe avaient traqué sans succès et qui prétend se trouver à Rome uniquement pour du tourisme –  un restaurateur au talent contesté qui n’hésite pas à défendre ses méthodes à coups de poing, et un magnat grec féru d’antiquités, une chose est sûre : les suspects ne manquent pas !

Avec ce sixième roman de sa série policière sur fond d’histoire de l’art, l’auteur nous enchante à nouveau avec les ingrédients qui ont fait le succès des précédentes enquêtes de son trio de charme : le soleil, la Ville Eternelle et quelques-uns de ses lieux typiques – avec bien sûr des œuvres en danger. Tout ce qu’on aime pour bien commencer l’été… Flavia di Stefano, intelligente et toujours aussi volcanique, oeuvre de concert avec son supérieur, le rusé général Bottando, à qui elle va succéder à la tête du service de protection du patrimoine, et son fiancé, Jonathan Argyll « la Gaffe » qui n’hésite jamais à voler au secours de sa belle. Mais que peut-on trouver à voler dans un monastère niché au cœur d’un quartier populaire ? Apparemment, une Vierge à l’Enfant, une petite icône médiévale noircie que les gens du cru appellent affectueusement « Ma-Dame », attise les convoitises, et non des moindres. Le souci, c’est que personne ne sait exactement pourquoi…  Et s’il s’agissait de l’Hodigitria, l’image la plus pieuse de la chrétienté, la représentation de la Mère du Christ peinte par saint Luc ? Si c’était le cas, ce serait un miracle, puisque la précieuse icône a disparu depuis plus de cinq siècles.

En deux temps, trois mouvements, Iain Pears transporte ses lecteurs sur les traces incertaines de Constantin XI Paléologue Dragasès, héritier d’Auguste et de Constantin, dernier empereur de Byzance, dont la tradition prétend qu’il est mort en héros en 1453 sur les remparts de Constantinople assiégée. Le pape Calixte aurait-il vraiment pu favoriser la fuite de l’empereur et travailler à son retour en force – un retour placé sous la protection de l’Hodigitria que le souverain détrôné avait pris soin d’emmener avec lui au moment de quitter sa capitale ? Difficile à croire quand la principale source d’information s’avère être le père Charles, l’ancien supérieur du monastère San Giovanni, un homme brillant mais affligé de crises délirantes. Et pourtant, on a envie d’ajouter foi à ce récit réellement épique que de petits détails, disséminés dans des archives que nul n’a jamais pris la peine de dépouiller, tendraient à corroborer, malgré tout… Incroyable ? Peut-être pas tant que cela.

Comme toujours avec Iain Pears, on apprend beaucoup de choses à la lecture de ce roman au style plaisant et délié, tout teinté d’humour so british… Notamment comment procéder pour conférer à un faux tableau un étonnant parfum d’authenticité.

« -On a bien choisi, le complimenta Flavia. Je suis enchantée. A part un détail, cependant. Ça sent toujours un peu la peinture. Pourriez-vous y remédier ? Je suppose que ça ne se remarquera pas, mais on ne sait jamais. On jouit de quelque latitude, puisque Mary Verney croira que c’est à cause du travail de restauration, mais je pense qu’elle aura des doutes si ça sent trop fort.

-Il nous reste combien de temps ?

Flavia jeta un coup d’œil à sa montre.

-Quinze minutes tout au plus.

Il réfléchit un court instant.

-Le micro-ondes, fit-il.

-Plaît-il ?

-Mettez le tableau dedans.

-Je l’allume ?

-Seigneur Dieu, surtout pas ! Je n’ai pas l’intention de le faire cuire. Je veux juste utiliser un ustensile bien hermétique.

Il se mit en quête d’objets et les posa dans une coupe métallique sous laquelle il plaça une bougie.

-Qu’est-ce que c’est ?

-De l’encens. Ça camoufle un tas d’odeurs et donne à tout un délicieux parfum de sainteté. En plus de deux ou trois ingrédients qui en fumant vont dégager une certaine senteur.

-Laquelle ?

-Chaussettes sales. En laine. J’ai appris cette astuce d’un vieil ami. Un petit quart d’heure devrait suffire pour neutraliser l’odeur de peinture ».

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