Polar ésotérique – Sépulcre, de Kate Mosse

Mars 1891. Toute cette histoire commence au bord d’une tombe, à Paris. Tandis que le cercueil contenant la dépouille de sa maîtresse descend lentement dans la fosse, Anatole Vernier semble étrangement soulagé. Sa sœur, la jeune Léonie, 17 ans, ne s’aperçoit pas de l’incroyable glissement dans l’attitude d’Anatole, et, dans les semaines qui suivent, elle met naturellement la pâleur et l’anxiété croissantes d’Anatole sur le compte d’un contrecoup bien compréhensible après un décès aussi brutal. Mais en réalité, le jeune journaliste, récemment reconverti en spécialiste des livres anciens, a  bien d’autres problèmes qu’il cache soigneusement à sa mère Marguerite et à sa jeune sœur. Quelques mois plus tard, en octobre, c’est sur un coup de tête qu’Anatole et Léonie quittent Paris, littéralement d’un jour à l’autre, pour répondre à l’invitation de leur tante, Isolde Lascombe, la veuve de Jules, le demi-frère de Marguerite. La dame habite le somptueux domaine de la Cade, à quelques kilomètres de Rennes-les Bains, dans l’Aude. A peine sont-ils arrivés que Léonie entreprend d’explorer cette région qui recèle bien des mystères pour lesquels l’oncle Jules se passionnait lui aussi : la bibliothèque ne regorge-t-elle pas de références ésotériques, en particulier sur les légendes anciennes du pays de l’Aude et sur le tarot ? C’est ainsi que Léonie découvre, aux abords du domaine, un ancien sépulcre wisigoth qui semble presque l’appeler… Octobre 2007. Meredith Martin arrive en France où elle doit mettre la dernière main à la biographie qu’elle prépare sur Claude Debussy, d’abord à Paris, puis à Rennes-les-Bains, où la jeune femme est en réalité en quête de ses propres origines. Les seuls indices qu’elle possède sont une vieille photographie d’un appelé de 1914 posant fièrement sur la place de Rennes-les-Bains, et une partition ancienne. Tandis qu’elle arpente les contreforts pyrénéens, la voici bientôt plongée malgré elle au cœur d’une tragédie remontant à plus d’un siècle, où le destin d’une jeune fille, disparue par une funeste nuit d’octobre, se mêle inextricablement à une dramatique histoire d’amour.

J’ai décidément l’art d’attraper les séries par la fin… Après m’être régalée de La fille du taxidermiste, j’ai bondi sur Sépulcre dont l’argument, fondé sur des histoires de tarot et de Wisigoths dans l’Aude, avait de quoi m’émoustiller. Et me voilà à nouveau embarquée pour une découverte à rebours… Je n’ai pas lu le premier ouvrage de Kate Mosse, Labyrinthe, qui semble avoir reçu un accueil favorable et unanime de la part des critiques, mais il paraît, à lire les divers commentaires disponibles sur les plateformes dédiées, que l’auteur a utilisé les mêmes ressorts dans Sépulcre : deux histoires parallèles, à deux époques différentes, avec des liens qui se tissent au fil des pages et des événements, et finalement le même enjeu. Si certains lecteurs, enchantés par Labyrinthe, sont déçus de retrouver l’application de la même recette (ce que je peux comprendre), je me suis délectée de ce roman plaisant en tous points et de son background historique en béton armé où tout s’emboîte si bien que cela fait plus vrai que vrai, au point de presque m’obliger à aller sans cesse vérifier les références… Histoire, ésotérisme, musique : il y en a pour tous les goûts !

Quant à l’ordonnancement du texte, c’est un pur délice ! Ce n’est pas la première fois que j’aborde ce type de structure – deux histoires à deux époques différentes, tournant en définitive autour d’une seule quête – mais c’est la première fois que le découpage me ravit à ce point. La distribution à la mode Dan Brown a du bon : des petits chapitres, bien courts et bien ficelés, qui se clôturent sur un mini cliffhanger, rien de tel pour une lecture aisée ! On prend, on pose, on reprend… Allez, encore un petit chapitre : cinq pages, ce n’est rien ! Pas de cela ici, et c’est tant mieux : l’intrigue y gagne en intensité ce qu’elle perd en rebondissements faciles. Lorsque l’on émerge d’un des chapitres de Sépulcre –  au moins 70 pages à chaque fois –  on a le sentiment de s’éveiller d’un de ces rêves étranges qui vous laissent pendant de longues minutes dans l’illusion d’une réalité changée.

Que dire alors des personnages – merveilleusement rendus par la plume alerte de l’auteur – et des paysages magnifiques de l’Aude qui donnent envie d’aller les admirer en vrai. Les esprits chagrins regretteront le recours au fantastique – un recours mesuré, rassurez-vous ! – mais ils étaient prévenus : Sépulcre est un polar ésotérique. Ennemis du merveilleux, passez au large !

Bon… Il ne me reste plus qu’à mettre la main sur Labyrinthe, et la boucle sera bouclée.

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