Polar ésotérique – Hiéroglyphes, de William Dietrich

1799… Napoléon Bonaparte, qui a mené victorieusement sa campagne d’Egypte, part maintenant en guerre contre les forces ottomanes, et c’est ainsi qu’il dirige ses armées vers la Terre Sainte. Après avoir emportés Gaza, Jaffa et Nazareth – souvent au prix de tueries effroyables – les Français, menés par Lannes, Kléber et Murat assiègent la place forte de Saint-Jean-d’Acre, que tiennent les troupes de Djezzar Pacha et les Britanniques, sous le commandement du Commodore Sydney Smith et de l’officier royaliste français Antoine de Phélippeaux – un ancien camarade de collège de Bonaparte. C’est dans ce contexte pour le moins agité qu’Ethan Gage, « l’Américain », ancien assistant de Benjamin Franklin, poursuit à Jérusalem et dans le territoire anciennement tenu par les Templiers la quête périlleuse pour le Livre de Thot – un ancien parchemin qui pourrait conférer à celui qui le possède un pouvoir incommensurable.

Véritable Indiana Jones de l’époque napoléonienne, Ethan Gage nous entraîne à sa suite dans une histoire rocambolesque tenant davantage du roman d’aventures que du polar… Les pyramides de Napoléon – le premier jalon des aventures de cet Américain intrépide et inventif – postulait l’existence d’un livre mystérieux contenant la quintessence de la science humaine : un livre que les Egyptiens auraient gardé précieusement pendant des siècles avant qu’un certain Moïse, fatalement au courant de quelques secrets en vertu de son statut de prince d’Egypte, ne barbote le précieux recueil en laissant – c’est ballot ! – son bâton de berger posé bien en évidence dans la chambre secrète creusée sous la grande pyramide. D’accord : quand on se laisse embarquer jusqu’au bout dans un porte-monstre-trésor de cette sorte, c’est qu’on est mûr pour la suite. Sans doute l’auteur a-t-il senti que tout cela était un peu bancal… Alors, pour conférer un peu de profondeur à la course aux as, il fallait y introduire une dame de cœur : non, Ethan Gage n’est pas à la recherche d’une puissance qu’il pourrait utiliser personnellement, mais bien en quête de tout indice qui pourrait le mener à sa douce Astiza, disparue au terme d’un combat opposant Gage au comte Silano, odieux représentant du Rite égyptien habilement introduit dans les entours de Napoléon. On y aurait presque cru, si le héros s’était abstenu – ne serait-ce que quelques pages ! – de déshabiller du regard chaque femme qu’il croisait…

Heureusement que la trame historique exceptionnelle et très bien décrite sauve ce roman qui se laisse finalement lire, comme un bon bouquin d’été. La structure, riche en rebondissements qui se tiennent assez solidement les uns aux autres, est fluide et plaisante. L’intrigue est bien un peu tirée par les cheveux, mais elle séduit malgré tout, grâce au contexte et aussi aux personnages, à commencer par celui d’Ethan Gage, qui tient autant de l’aventurier inconséquent que du chat à neuf vies. Ses adversaires doivent sûrement se poser cette question : combien de fois faudra-t-il le tuer pour qu’il meure ?

Mais la vraie vedette de ces pages épiques, c’est Napoléon, bien sûr ! Ce n’est pas un hasard si son nom figure dans le titre du premier opus et si sa silhouette, reconnaissable entre mille, orne la couverture de Hiéroglyphes. Un personnage historique central, mais que l’auteur décrit sans complaisance, au moment où le général décide de lâcher l’affaire pour une perspective plus juteuse :

« Il se confirmait que Bonaparte avait abandonné son projet de conquérir l’Asie et préparait son retour en France. Il avait gagné chaque fois qu’il avait pu, et nous avions découvert ce qui lui tenait le plus à cœur. L’accession au pouvoir, par tous les moyens.

« La France et l’Autriche sont en guerre depuis le mois de mars, et nous avons été refoulés hors d’Allemagne et d’Italie. Tippoo Sahib est mort en Inde, le jour où nous avons quitté Acre. Le Directoire s’écroule, et mon frère Lucien s’efforce, à Paris, de réformer une Assemblée d’imbéciles. La flotte britannique va devoir prochainement lever le blocus pour réapprovisionner Chypre. Il est temps que je rentre pour remettre tout en ordre. Le devoir m’appelle.

-Le devoir ? Quitter vos hommes ?

-Afin de préparer le chemin. Kléber rêve de commander depuis le débarquement en Egypte. Il va l’avoir, son commandement. Je vais l’en informer par lettre. Pendant ce temps, je vais prendre le risque d’échapper à la flotte anglaise ».

Le risque ? Le seul risque était de laisser une armée naufragée en Egypte. Le salopard allait abandonner ses hommes pour s’occuper de politique à Paris. Bien que, en réalité, j’aie une sorte d’admiration réticente pour ce type sans scrupule. On se ressemblait, d’une certaine façon : joueurs, opportunistes et capables de survivre à tout. Fatalistes, avec ça, au gré du hasard et de la chance. On aimait autant les femmes. Et l’aventure, qui seule permet d’échapper à l’ennui ».

Réaliste ou cynique ? On s’interroge encore…

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