Polar historique – Le cadavre anglais, de Jean-François Parot

Paris, février 1777. Un mystérieux prisonnier meurt en tentant de s’évader de la prison du Fort-l’Evêque. Qui est ce jeune homme dont la mort apparemment accidentelle est en réalité un meurtre ? La corde de draps utilisée par le malheureux révèle des traces d’un mélange corrosif qui a provoqué une épouvantable chute dans le vide, avant qu’on achève purement et simplement la victime toujours en vie et gisant, disloquée, sur le pavé de Paris. Dans le même temps, la reine Marie Antoinette, prodigue et frivole, demande à Nicolas Le Floch – le marquis de Ranreuil à la Cour – de contrer les menées de Madame Cahuet de Villers, une intrigante qui agit dans ses entours et la place dans une situation délicate. C’est une enquête à plusieurs fils qu’entame le commissaire au Châtelet, spécialiste des affaires extraordinaires. Car très vite, la piste semble mener outre Manche, en cette époque de soulèvement des colonies d’Amérique, alors que grandit encore la rivalité entre la France et la Grande-Bretagne. Quels sont les secrets d’Etat en jeu dans cette histoire qui implique également les Prussiens.

Ce septième opus d’une série de polars historiques désormais culte constitue une nouvelle et splendide immersion dans le 18e siècle, au début du règne de Louis XVI, alors que montent les périls…  Jean-François Parot était spécialiste reconnu de l’histoire de cette époque mouvementée, et plus particulièrement de l’histoire de la ville de Paris sous le règne des derniers rois de France. C’est si réussi qu’on a réellement l’impression d’avoir remonté le temps pour flâner dans les ruelles aujourd’hui disparues, les tavernes proposant des mets aux saveurs insoupçonnées, mais aussi les beaux quartiers, la boutique de Rose Bertin et enfin les allées royales de Versailles, tout parées de leurs derniers feux.

L’entourage du marquis de Ranreuil s’étoffe au fur et à mesure qu’il acquiert une stature d’homme de confiance du nouveau jeune roi. De plus en plus d’intervenants dans une existence de plus en plus remplie… Et c’est ainsi que l’on délaisse parfois certains jalons anciens et plus modestes qui ont fait le succès des enquêtes de Nicolas Le Floch… Quoi de plus normal, puisqu’il faut pourtant que ce personnage évolue au gré des intrigues et au fil des années. On retrouve pourtant la bonhomie de seconds rôles récurrents et si attachants : le bourreau Sanson, le chirurgien Semacgus, le procureur de Noblecourt, le jeune Louis de Ranreuil et même sa mère, la belle Antoinette Gobelet, qui pour un temps fait de l’ombre à la jeune Aimée d’Arranet.

Ma récente visite à Versailles m’ayant menée dans les appartements que la royale demoiselle partageait avec sa sœur, je ne résiste pas au plaisir d’épingler cet extrait très réussi qui l’évoque, à l’automne de sa vie, quand sa première apparition dans L’homme au ventre de plomb nous l’avait montrée dans l’éclat de sa jeunesse :

« Le visage de Madame Adélaïde s’était éclairé en le reconnaissant. Depuis des années, il ne l’avait croisée que de loin à la cour ; elle avait vieilli. La chevelure peignée en arrière, gonflée et poudrée, était ornée d’une coiffe de dentelle formant nœud au sommet. Un mantelet gris à col de fourrure laissait apercevoir un corps d’habit en velours vert. Dieu, pensait-il, qu’elle ressemble à son père. La splendeur de la jeune fille de naguère avait laissé place à un visage dur qu’adoucissaient les grands yeux bruns, ceux du feu roi. En dépit du blanc et du rouge répandus, des plis d’amertume soulignaient la sévérité des lèvres serrées au-dessus d’un menton qui commençait à se dédoubler ».

Même si l’on peut déplorer dans cet opus une certaine disproportion entre une intrigue très alambiquée et un dénouement que beaucoup ont jugé décevant, les romans de Jean-François Parot restent une valeur sûre. Le mélange de la réalité historique et de la fiction y est toujours de très belle facture, le langage et le phrasé de haut niveau… Et quant au contexte, c’est le rêve !

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