Polar classique – Meurtres à Badger’s Drift, de Caroline Graham

« Miss Simpson avançait sur la pointe des pieds, comme si elle savait d’avance que ce qu’elle allait découvrir aurait dû rester secret pour toujours. Elle se tint immobile derrière l’épais treillis de branches et de feuilles puis, très prudemment, écarta les branches et regarda au travers. Elle étouffa de justesse un grand cri d’étonnement et d’horreur ».

Le spectacle était certes bien insolite pour une vieille demoiselle partie fouiller les bois à la recherche d’une orchidée rare. Si insolite, si choquant même qu’elle rentra précipitamment chez elle… et qu’elle mourut. Selon Miss Bellringer, il ne faisait pas de doute que sa vieille amie et voisine avait été assassinée. Pour l’inspecteur Barnaby, l’enquête sur la mort d’Emily Simpson était le début d’une affaire singulière. Badger’s Drift pouvait renoncer à sa tranquillité de façade, car le temps était venu pour que sortent de l’ombre ses secrets, ses chantages et ses trahisons.

Autant le dire tout de suite et ne pas tourner autour du pot : il est impossible de faire abstraction de l’excellentissime adaptation télévisée de ce roman culte, avec John Nettles dans le rôle de l’inspecteur Barnaby. L’épisode pilote, réalisé en 1997, pose au petit point tous les ingrédients qui font le charme de la série britannique des Midsomer Murders, et, cerise sur le gâteau, il suit pratiquement à la lettre le roman de Caroline Graham, publié dix ans plus tôt. Certes, il y a bien quelques changements apportés par le scénariste – l’excellent Anthony Horowitz, auteur de La maison de Soie et de Moriarty – mais ils ne perturbent en rien l’équilibre délicat de l’intrigue originale.

Meurtres à Badger’s Drift, c’est un univers so british,  incroyable de richesse et de diversité, mais aussi de vilenie et de trahison, qui se révèle au fil des pages que l’on tourne presque sans s’en rendre compte. Un univers à l’atmosphère délicieusement suffocante… Un univers que les 20 saisons de la série rendent étrangement proche et familier. Même cette pauvre Joyce Barnaby n’est pas épargnée : merveilleuse épouse, mère courage, dévouement fait femme, férue de tous les hobbies qui rythment la vie des dames britanniques bien sous tous rapports… mais un cauchemar en cuisine ! Au point de rendre dépressive l’instructrice du cours particulier auquel elle s’était inscrite… Badger’s Drift donne le coup d’envoi de la sinistre série des villages du Midsomer, avec ces petits cottages si charmants mais dans lesquels il ne fait finalement pas si bon vivre : Aspern Tallow, Bow Clayton, Broughton, Fletcher’s Cross, March Magna, Morton Fendle, et aussi tous les Midsomer Truc-Muche (Deverell, Parva, Worthy, Malham, Florey, et tant d’autres).

Le récit est développé avec une souplesse et une fluidité tout à fait remarquables, et aussi avec un humour noir et sarcastique qui surprendra ceux qui croient encore que Barnaby n’est que le héros bon enfant d’une série du dimanche après-midi. Quant aux personnages, c’est une galerie de portraits au vitriol, avec des descriptions plus vraies que nature. Comme partout ailleurs, les apparences sont trompeuses à Badger’s Drift… Une illusion presque parfaite, une plongée dans les sombres profondeurs de l’âme humaine, des meurtres à la chaîne, une logique imparable, et enfin une chute inattendue et tragique qui fascine toujours, même lorsqu’on l’a vue portée à l’écran.

Tout ce qu’on aime ! Un roman qu’il faut avoir lu.

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