Polar ésotérique – Pyramide, de David Gibbins

Sur le Nil, au sud du Caire, à la fin du 19e siècle : l’Anglais Jones, l’Américain Chaillé-Long et le Français Guérin partent à la recherche du trésor d’Akhenaton, mais l’opération tourne au drame et les richesses du pharaon-soleil gardent leur mystère… De nos jours, l’archéologue plongeur Jack Howard et son équipe découvrent qu’ils mènent la même quête. Mais la situation politique en Egypte est explosive et, au péril de leurs vies, ils poursuivent leur expédition pour mettre au jour l’accès secret menant à la pyramide de Mykérinos. Des rives du Nil aux abysses de la Mer Rouge, leur mission les conduit sur les traces du légendaire pharaon, gardien d’un secret qui pourrait changer le cours de l’Histoire.

Alors là, c’est du grand Gibbins… Figurez-vous un peu : le pharaon décrit dans le Livre de l’Exode ne serait pas Ramsès II – n’en déplaise aux amateurs de péplums et aux admirateurs de Yul Brynner – mais bien Amenhotep IV, plus connu sous le nom d’Akhenaton. La religion du Dieu unique que défend Moïse et que suit le peuple hébreu en partance vers le pays de Canaan aurait été aussi celle dudit pharaon, mais déclinée à l’égyptienne sur le mode solaire. Et le moment clé de la sortie d’Egypte – la fameuse ouverture de la Mer Rouge devant les Hébreux et l’engloutissement de l’armée du pharaon dans les flots revenus à leurs rives – aurait été habilement préparé par Akhenaton pour affermir sa position religieuse, avec l’aide de ses troupes d’origine minoenne. Enfin, alors que tous croient que la pyramide dite de Mykérinos renferme bien les restes du pharaon éponyme, Jack Howard et son inséparable ami Costas découvrent qu’en réalité… Halte au spoil ! Mais même ainsi, convenez-en : c’est du lourd, et du très lourd. Cela dit, David Gibbins n’est pas le seul auteur à aller puiser avec délectation dans les épisodes les plus musclés de l’Ancien Testament : William Dietrich, dans les aventures d’Ethan Gage, soutient également la thèse d’une parenté entre les croyances, sans toutefois s’avancer sur l’identité du pharaon en question.

L’idée de faire coïncider les recherches de Jack Howard et de son équipe en Egypte avec la montée de l’islamisme dans le pays est tout bonnement excellente : décrire le déchirement de ces archéologues et des autres chercheurs obligés de quitter, sous peine de mort, leurs chantiers et d’abandonner toutes les perspectives qui en découlaient, c’est indubitablement plus éloquent qu’un long discours sur les dangers de l’extrémisme et les conséquences d’un coup d’état dans un contexte aussi troublé. Maurice, le grand ami de Jack Howard, qui avait consacré sa vie entière à l’égyptologie, considère avec effroi le basculement non seulement de sa propre existence, mais aussi de la vie de ses proches – comme sa femme Aïcha dont la famille restera bloquée au pays. Coller ainsi à l’actualité – Pyramide est sorti en 2014 – est un exercice périlleux pour un auteur, mais la trame des romans de David Gibbins l’y contraint à intervalles réguliers. Le défi est à nouveau relevé avec brio. Dans ce roman, pas besoin de méchants aux gros bras ou animés des desseins les plus machiavéliques : les extrémistes et ceux qui les laissent faire, dans l’espoir de se ménager une place au soleil sous le nouveau régime, en tiennent lieu. Et la fin est prévisible… Il ferait beau  voir que Jack Howard, tout pétri de ses idéaux humanistes, parvienne à empêcher l’embrasement d’une région tout entière. On voudrait y croire pourtant…

Pour conclure, un petit clin d’œil pour la manie avec laquelle je renoue par cette recension… A l’heure d’Internet, en quelques clics, je pourrais établir l’ordre dans lequel il faut lire les romans de David Gibbins. Mais non ! En fait, cette histoire d’Akhenaton à la place de Ramsès ne sort pas de cet opus, mais bien du précédent, très judicieusement intitulé Pharaon… Un opus que j’avais essayé de lire il y a quelques mois, avant de renoncer à cause de l’étalage en long, en large et en travers de tous les détails des plongées de l’équipe Howard. C’était naturellement avant que j’attrape le truc qui consiste à les parcourir en diagonale.

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