Polar historique – La Solution Thalassa, de Philippe Raxhon

Les aventures de François Lapierre et de Laura Zante continuent… (Vous avez lu La Source S ? Non ? Lisez-le : il est excellent. Oui ? Alors relisez-le, puisqu’il est excellent !)

Lorsque l’historien François Lapierre est invité par Alfred Rosenshark, un chef d’entreprise du secteur de l’intelligence artificielle et militant écologiste, à animer un séminaire de trois jours sur la Shoah, il ignore que son destin vient de basculer. En route pour les Ardennes belges, sollicitée par un général américain souhaitant rapatrier le corps de son grand-père, un soldat tué en décembre 1944, l’historienne Laura Zante ne mesure pas la portée du voyage qu’elle entreprend. François et Laura sont loin d’imaginer l’ampleur de la confrontation qui les attend, le prix à payer, les défis qu’ils vont devoir relever au péril de leur couple et de leur vie. Quand le mensonge est plus vrai que la vérité, comment lutter contre lui ? Et que vaut l’esprit critique dans une époque où les Lumières s’éteignent ? Les leçons de la mémoire ont-elles encore un sens dans un monde où la manipulation atteint la perfection ?

Très vite, lorsqu’au fil des pages, on découvre le détail des tentatives de rapprochement de la belle Pamela Erskine, la volcanique secrétaire d’Alfred Rosenshark, qui semble avoir jeté son dévolu sur le conférencier invité par son patron, on se dit que ce pauvre François Lapierre est encore tombé sur un groupe de barjos… Sacrée Pamela ! Avec son genre « Je sais : je suis sublime », le rendez-vous habilement glissé à la piscine déserte de l’hôtel, le bikini rouge, le jacuzzi, elle en a sous le capot… Aïe, aïe, aïe ! Pauvre Laura ! Mais non : le professeur Lapierre est un homme fidèle (et bien servi à la maison). Ce qui ne l’empêche pas de regarder… Mais quoi ? On a encore le droit de regarder !

Mais à considérer la réactivité de l’assemblée du séminaire, on acquiert une certitude : il n’est pas clair, ce Rosenshark ! Et ce constat est encore bien éloigné de la vérité. Apparemment, il n’y a pas un cheveu qui dépasse : Anglais issu d’une lignée prestigieuse, belle fortune, flair dans les affaires, philanthrope, engagé dans le combat écologique… Mais en grattant un peu, on découvre une espèce de gourou qui fait obéir ses troupes au doigt et à l’œil et qui cache quelques secrets inavouables. Mais, chuuut ! Pas de spoil

Que les lecteurs échaudés par ces romans qui ne démarrent qu’à la page 274 se rassurent : Philippe Raxhon sait comment mener un thriller, du début jusqu’à la fin, sans temps mort et sans remplissage. Sitôt le décor planté, l’action commence et les événements s’enchaînent à un rythme effréné… Celui de la Solution Thalassa. D’un bout à l’autre de ce roman au titre énigmatique, il est impossible d’oublier que l’auteur est professeur d’université (à Liège, mon Alma Mater), en charge de l’histoire contemporaine et de la critique historique. C’est d’ailleurs cet esprit critique, hérité des Lumières et que cultivent les deux personnages principaux, qui sera la ressource la plus précieuse et la plus performante contre cette machination qui voudrait engloutir la civilisation telle que nous la connaissons.

Un véritable page turner, impossible à lâcher, dont l’intrigue grave et actuelle – surtout en ce moment où une certaine journaliste envahit l’espace public de ses déclarations scandaleuses destinées à élargir le champ du dicible –  est déclinée avec efficacité. Un ton parfois décalé, une écriture fluide, un style visuel, des personnages attachants que l’on se plaît à retrouver comme s’ils étaient des amis… Bref, que du bon !

Mention spéciale pour l’évocation du cimetière américain de Neuville en Condroz – le lieu de mes promenades d’enfant avec mes grands-parents. Des allées interminables, des centaines de tombes, un lieu de mémoire saisissant de dignité et aussi des bois infestés de taons qui nous obligeaient à battre tous les records du monde du cent mètres. Et là, au cœur de ce domaine où dorment les héros, l’écho inlassablement répété de toutes ces histoires que les adultes racontent aux enfants pour leur enseigner ce que fut le passé et surtout que rien n’est jamais acquis.

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