Roman historique – Le Roi de fer, de Maurice de Druon

1314… Le roi Philippe IV le Bel, majestueux et glacial, règne d’une main de fer sur la France. Sous son règne, « la France est grande et les Français malheureux ». Le roi a quatre enfants : Louis, dit le Hutin, roi de Navarre, qui est l’aîné et l’héritier du trône et qui a épousé la belle Marguerite de Bourgogne ; Philippe, comte de Poitiers, qui a mis la main sur la Franche Comté par son mariage avec Jeanne de Bourgogne, cousine de Marguerite ; Charles, aussi beau que son père mais très médiocrement intelligent, qui a épousé Blanche, sœur cadette de Jeanne ; et Isabelle, que son père a mariée au roi Edouard II d’Angleterre. Tout irait bien si les finances royales se portaient mieux… Mais il y a là les Templiers qui sont riches et importants : et si le roi mettait la main sur cette richesse ? C’est ainsi que sept ans plus tôt, les hommes du roi ont arrêté les moines-chevaliers et confisqué leurs biens. L’ordre est dissous et un procès pour hérésie est ouvert, mais la fin de la procédure mécontente le roi : Jacques de Molay, grand maître du Temple, et trois autres dignitaires de l’ordre ont été condamnés à la prison à vie, et leur sort pose problème. Le Roi fait triompher son point de vue : ce sera la mort, par le feu, comme il sied à des hérétiques relapses… Pendant ce temps, de l’autre côté de la Manche, Isabelle, reine d’Angleterre, reçoit son cousin Robert, comte d’Artois : l’homme est en litige contre sa tante paternelle Mahaut, qui lui a pris son fief. Or, Mahaut est la mère de Jeanne, comtesse de Poitiers, et de Blanche, qui a épousé Charles de France. Selon les informations dont dispose Robert, Marguerite, reine de Navarre, et la jeune Blanche sont infidèles à leurs époux, et Jeanne les couvre. Le comte d’Artois a identifié les amants et il requiert l’aide de la reine d’Angleterre pour faire éclater le scandale qui pourrait entacher la couronne de France d’illégitimité. Et Isabelle, qui est malheureuse auprès d’un époux homosexuel qui la délaisse et l’humilie en public, accepte d’aider Robert… Elle ignore qu’elle vient de sceller le sort de deux royaumes et d’amorcer un conflit qui durera cent ans.

« Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous appelle à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! » Tous les passionnés d’Histoire connaissent cette malédiction qu’aurait lancée Jacques de Molay au moment où les flammes du bûcher l’engloutirent. Et ils furent nombreux, ceux qui s’amusèrent à compter les générations, comme ceci ou comme cela, pour faire correspondre cette tirade de cinéma avec la fin des Valois ou celle des Bourbons. Cette phrase fameuse – à défaut d’être historique – forme le socle d’une saga de 7 volumes qui retrace le développement de la Guerre de Cent ans depuis l’origine, depuis le moment où Philippe le Bel, bientôt affublé de trois brus adultères et assimilée, constate que sa fille seule lui a donné un descendant mâle. Les femmes peuvent-elles ceindre la couronne de France ou transmettre le droit d’y prétendre ? Telle est la question.

Ni bon ni méchant dans cette histoire qui fleure bon l’Histoire, mais une galerie impressionnante de personnages historiques campés à la manière d’un roman dans toute leur ambiguïté. Le Roi de fer, éponyme du premier volume – Philippe le Bel dans toute sa splendeur – est tout sauf sympathique… jamais ! Mais il est si inhumain et cruel, sans colère pourtant, qu’il en devient fascinant. Il en est de même pour chacun des autres protagonistes. Mon préféré ? Robert d’Artois, bien sûr, si haut en couleur que les deux acteurs qui l’incarnèrent à l’écran, Jean Piat et Philippe Torreton, apparaissaient constamment tout de rouge vêtus. Et quelle gouaille !

C’est le nom de Maurice Druon qui figure sur les couvertures de cette série, mais derrière chacun des 7 volumes, il y a plusieurs collaborateurs – un élément dont Maurice Druon ne se cachait pas puisqu’il remerciait chaleureusement son équipe dans chaque roman.

La saga des Rois Maudits a été traduite en dix langues et adaptée à deux reprises à la télévision, en 1972 et en 2005… avant d’inspirer une autre saga célébrissime, Game of Thrones, de George R.R. Martin.

Quelques livres pour aller plus loin :

Eric le Nabour, Les Rois maudits, l’enquête historique

Malcolm Barber, Le Procès des Templiers

Alain Demurger, Jacques de Molay : Le crépuscule des Templiers

Jean Favier, Philippe le Bel

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