Curiosité – La Secte des Egoïstes, d’Eric-Emmanuel Schmitt

Et si la vie n’était qu’un songe ? Et si les nuages, les oiseaux, la Terre et les autres hommes n’étaient que des visions de notre esprit ? A Paris, Gérard Lagueret, un chercheur en thèse, découvre par hasard, à la Bibliothèque nationale, l’existence d’un excentrique, Gaspard Languenhaert, qui soutint cette philosophie «égoïste» dans les salons du 18e siècle. Intrigué, il abandonne ses travaux et part à la recherche de ce penseur singulier. Mystérieusement, toutes les pistes tournent court. Sur les traces de Languenhaert et de ses disciples, de Paris à Amsterdam, c’est peut-être et surtout au fond de lui-même que notre chercheur enquête, jusque dans les vertiges hallucinants du solipsisme.

Edité en 1994, La Secte des Egoïstes est le premier roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, l’homme aux (trop) multiples talents – dans le désordre : dramaturge, nouvelliste, romancier, enseignant, réalisateur, coach d’une masterclass d’écriture, philosophe, comédien… et j’en oublie sûrement ! Qu’on aime ou pas le bonhomme et ses entreprises, payantes ou non, force est de reconnaître l’excellente facture de ce livre hors normes qui fait l’inventaire des sortilèges de la raison et des infirmités de l’esprit. Un roman qui permet à l’auteur de renouer avec ses orientations premières – celles de sa thèse Diderot et la métaphysique, soutenue en 1987, et publiée dix ans plus tard sous le titre Diderot ou la Philosophie de la séduction.

Le lecteur plonge immédiatement dans le mystère insondable qui entoure l’existence de ce Languenhaert et de sa secte étrange, dont les réunions étaient vouées à se conclure, tôt ou tard, par la dispersion de ses membres tous persuadés que la réalité est leur, de manière unique et exclusive. On suit toutes les pistes avec la même passion que le héros – un héros dont on se sent parfois étrangement proche (j’avoue avoir beaucoup aimé sa conception pragmatique et minimaliste du ménage) – et on pressent avant lui que tout ne mène qu’au même cul-de-sac, inévitable et mortifère.

Le solipsisme, du latin solus, seul, et ipse, soi-même, est bel et bien un courant philosophique d’après lequel il n’y aurait pour le sujet pensant d’autre réalité acquise avec certitude que lui-même. Le souci, c’est que le «soi» est la seule manifestation de conscience dont nous ne puissions pas douter. Le monde extérieur n’est qu’une représentation hypothétique. C’est sur une base de cette sorte qu’est fondée la philosophie développée par René Descartes : le fameux «Cogito ergo sum». Au 18e siècle, George Berkeley s’oppose à toute position réaliste qui considèrerait que le monde possède une réalité extérieure hors de notre perception : « être, c’est être perçu et percevoir ». Le point commun de ces deux penseurs : Dieu qui assure la continuité de la création et des perceptions.

Pour ceux qui aiment cette approche déroutante, Philip K. Dick y a consacré en 1957 un roman de science-fiction intitulé L’Œil dans le ciel (nouvelle édition en 1976).

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