Polar classique – Dans la rue où vit celle que j’aime, de Mary Higgins Clark

En 1891, des jeunes filles disparaissent mystérieusement. Mais lorsqu’un siècle plus tard, on découvre leurs squelettes ainsi que les cadavres de mortes bien plus récentes, la petite ville de Spring Lake, vieille station balnéaire chic de la côte Atlantique, est tétanisée. Chacun pense avoir quelque chose à cacher. Le docteur, l’agent immobilier, le restaurateur… tous paraissent suspects. Mais sont-ils pour autant coupables ? Dans cette atmosphère d’angoisse grandissante, Emily Graham, une jeune avocate new-yorkaise, s’installe dans la maison de famille où vécut Madeline, son ancêtre assassinée. Un homme observe ses faits et gestes. S’agit-il d’un tueur ? De mystérieux liens semblent le rattacher à toutes ces victimes du passé. Emily sera-t-elle sa prochaine cible ?

Un délicieux parfum de cold case, de Belle Epoque et de séries ! Parce qu’il y a cent ans, un criminel resté anonyme et impuni a tué trois jeunes filles à Spring Lake, un autre psychopathe s’est mis en tête de recommencer : trois jeunes filles, avec un mode opératoire qui suivra celui des meurtres du 19e siècle, et des traces laissées pour qu’un autre tueur puisse reprendre le flambeau dans cent ans. C’est déjà bien flippant comme ça : ajoutez le fait que ce psychopathe se prend non seulement pour l’héritier du premier tueur, mais aussi pour sa réincarnation, et vous obtiendrez l’un des romans les plus hypnotiques que Mary Higgins Clark ait écrits.

Alors, d’accord : la dame a ses fervents inconditionnels et aussi ses détracteurs, tout aussi fervents. Honnêtement, j’avoue balancer entre les deux, selon l’intérêt personnel que je trouve dans le bouquin qui me tombe entre les mains… Parfois, il me tombe des mains, sans mauvais jeu de mots, mais parfois, comme pour cet excellent opus, il me tient aux tripes jusqu’au bout. C’est que j’ai toujours adoré le charme des enquêtes dans le passé, l’évocation de ce monde si semblable et si différent d’avant 1914, la description des lieux, des convenances, des tenues… C’est si merveilleusement rendu qu’on s’y croirait. Alors, oui, il y a les poncifs du genre qu’affectionne la romancière : c’est encore une fois une demoiselle en détresse, forte, intelligente et indépendante, qui est dans la ligne de mire sans s’en rendre vraiment compte. Elle voit bien qu’il y a des choses qui ne cadrent pas, comme ce harcèlement dont elle est victime, et déjà rien que la découverte de deux corps dissimulés sous la terre du jardin de la maison qu’elle vient d’acheter. C’est troublant, mais curieusement elle reste vivre là, tout gentiment, à boire du café et à fureter partout à la recherche des meurtriers dans le passé et dans le présent. Cette propension à placer le projecteur sur un personnage toujours plus ou moins semblable d’un roman à l’autre appelle l’inévitable corollaire : à chaque demoiselle en détresse, correspond un chevalier servant qui accourt pour la sauver. Et puis il y a le titre toujours tourné à la manière d’une sentence énigmatique, sans réel rapport avec le contenu. Ici, ce rapport existe, mais cela ne saute pas aux yeux, même quand on a fini la dernière page. Alors, oui, c’est vrai : ces parties-là sont nettement moins convaincantes.

Mais dans l’ensemble, c’est un excellent moment de lecture, avec du suspense, une intrigue aux ramifications intelligentes et étendues, un lieu magnifique et chargé d’histoire, des personnages bien rendus… Du tout bon, quand on s’efforce de se focaliser sur les nombreux atouts de ce Dans la rue où vit celle que j’aime.

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