Polar classique – Meurtre chez tante Léonie, d’Estelle Monbrun

Sacrilège ! On a trouvé un cadavre dans la maison de tante Léonie, celle-là même où Marcel Proust enfant passait ses vacances… Qui a tué Adeline Bertrand-Verdon, la présidente de la Proust Association ? Le commissaire Foucheroux n’a que l’embarras du choix : les suspects sont aussi nombreux que les mobiles. Ce n’est pas un hasard si le crime a eu lieu la veille d’un important colloque réunissant les plus grands spécialistes de A la recherche du temps perdu. Adeline Bertrand-Verdon était unanimement détestée… et crainte, car elle connaissait bien des secrets enfouis. Foucheroux ne tardera pas à découvrir que le petit monde très fermé des « proustolâtres » – l’Eglise des fans de la petite madeleine – compte son lot de turpitudes humaines.

Un crime bien sanglant, une méprise sur l’identité du cadavre, des manuscrits perdus et retrouvés, à la manière du temps dans le fameux roman (ou presque)… Jamais je n’aurais cru que je croiserais Proust dans un roman policier, avec autant de jubilation ! Tout est au petit point dans cette intrigue qui va ravir les accros des polars (dont je suis) et les fétichistes de Proust (dont je ne suis pas – je dois l’avouer bien humblement, en dépit d’un essai de relecture à la faveur du confinement). Il y a du génie dans l’histoire de ce crime, qui fonctionne apparemment sur le mode Cluedo, mais il faut voir au-delà des apparences. Au nombre des suspects : un professeur d’université, un éditeur, un critique américain et un vicomte aux manières compassées. Au milieu de cette partie aux enjeux multiples, la petite secrétaire Gisèle Dambert, qui a l’air d’un oisillon tombé du nid… Une suspecte singulièrement exposée, dotée d’un mobile puissant mais qui fait pitié. Et si tout cela n’était que comédie de sa part? A voir, donc… Mention spéciale à l’enquêteur principal, le commissaire divisionnaire Jean-Pierre Foucheroux, dit « Ban-ban » depuis qu’un tragique accident de la route l’a estropié, qui apparaît dès le début du roman sous les traits d’un simple voyageur – un procédé efficace, à reprendre à mon compte! Un personnage plus vrai que nature, sympathique dès le premier mot et que je me réjouis de suivre dans d’autres enquêtes.

Meurtre chez tante Léonie, c’est le triomphe du détail qui frappe, dans le respect des vingt grandes règles du roman policier, avec une très remarquable pointe d’humour et de légèreté, le tout dans l’un des hauts lieux de la culture littéraire française, à Illiers-Combray. L’auteur est d’ailleurs une des spécialistes reconnues de Proust, ce qui ajoute encore au plaisir et à l’intérêt de ce roman hors norme. Une crédibilité qui n’était pas évidente, mais le pari est gagné avec brio. De quoi me convaincre d’un petit retour à l’univers de Swann – encore plus depuis que j’ai appris que Proust adorait le mode pastiche qui le divertissait et le ravissait. Et avec cela, les madeleines sont partout! Par ici, les gourmands!

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