Polar classique – Les sarments d’Hippocrate, de Sylvie M. Jema

Que se passe-t-il donc dans ce service de gynécologie obstétrique ? Ce sont d’abord des lettres anonymes de plus en plus obsédantes, avant de devenir franchement menaçantes, que le docteur Desseauve, qui dirige le service d’une main de fer, reçoit depuis près de deux mois… Et puis ces morts qui se succèdent, à commencer par la secrétaire du même médecin – accessoirement aussi sa maîtresse, qui était enceinte de lui et qui prétendait le forcer à divorcer et à refaire sa vie avec elle. Mais cela ne s’arrête pas là… C’est une plongée dans le monde des notables qui attend le lieutenant Brandoni et le capitaine Pujol de Ronsac, chargés de cette enquête délicate. Au menu : rébellions familiales et adultères en pagaille. Les intrigues du passé et du présent se mêlent en un écheveau diabolique où les apparences sont décidément toujours trompeuses, où les trahisons s’enchaînent à un rythme effréné.

Lire un roman pareil alors qu’on doit soi-même se présenter à la «visite», croyez-moi, c’est vraiment particulier ! Il y a de quoi regarder le monde médical avec des yeux différents et pour un long moment ! C’est que l’auteur, Sylvie M. Jema, est elle-même médecin et aussi une experte en littérature policière, et on peut se rapporter en toute confiance à elle : elle sait de quoi elle parle ! Ce roman est un morceau d’anthologie, couronné par le prestigieux prix du Quai des Orfèvres en 2004. D’aucuns diront que l’intrigue a un peu vieilli, que les rebondissements ont un petit côté «téléphoné» et que la fin est prévisible, bref que le tout s’est un peu ringardisé avec les années et l’évolution du genre policier, mais ces propos de rageux – disons les choses – ne peuvent altérer la vivacité de cette enquête truffée de faux-semblants qui donnent vraiment envie d’activer les petites cellules grises, à la manière des investigations menées par le célèbre détective de la Dame de Torquay. Le climat de la petite ville de province où se déroule l’action fait aussi un peu penser à l’ambiance des Maigret, avec cette ironie et ce mordant qu’affectionnait Simenon. Un petit bémol toutefois : la psychologie des personnages qui est peu fouillée – pour ne pas dire carrément pas du tout, dans certains cas. C’est ennuyeux quand on aime comme moi les macérations intellectuelles au départ des protagonistes («Et si untel n’avait pas fait ça?»… «Et si unetelle avait décidé de faire ceci?»).

Une question me taraude au terme de cette lecture : pourquoi le cinéma ne s’est-il pas emparé de cette histoire taillée pour lui ? Peut-être qu’il n’est pas trop tard pour cela…

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