Polar classique – La femme à droite sur la photo, de Valentin Musso

Après un succès fulgurant au box-office, le scénariste David Badina affronte une traversée du désert : il vient de fêter son quarantième anniversaire et les bénéfices de ses précédents emplois lui permettent de vivre agréablement sans vraiment travailler. C’est alors que Wallace Harris, une légende vivante du 7e art un brin paranoïaque, lui propose de travailler au scénario de ce qui sera sans doute son dernier film. Ils ne se sont jamais rencontrés mais un mystère unit les deux hommes : Harris est le réalisateur du drame policier qui devait lancer la carrière d’Elizabeth Badina, la mère de David, quarante ans plus tôt… Et aussi l’un des derniers à l’avoir vue vivante, car Elizabeth Badina a disparu en 1959… La jeune femme s’est volatisée : un matin, elle est montée dans sa voiture et nul ne l’a jamais revue… Enlèvement ? Meurtre ? Disparition volontaire ? C’est une énigme que David, qui n’a aucun souvenir de sa mère, va devoir résoudre. Quitte à déterrer de vieux secrets qui feront voler sa vie en éclats.

Là, c’est du lourd ! Moi qui suis très famille, j’ai eu du mal à m’imaginer qu’on puisse se désintéresser pendant quatre décennies du sort de sa propre mère disparue, une mère qu’on n’a jamais connue. Mais le talent de Valentin Musso est là pour nous faire apparaître toutes les raisons de cette amnésie de bon sens, sorte d’appel de la vie plus fort que toutes les tendances mortifères qui auraient pu entraîner David dans le fond s’il avait décidé de se saisir de cette histoire avant d’être prêt à envisager toutes les possibilités, y compris les plus désagréables d’entre elles… Car il en faut à David, de la force morale, pour accepter l’idée que sa mère est peut-être morte le jour même de sa disparition, comme le pense sa grand-mère Virginia, dite Nina, qui l’a élevé. Pour accepter froidement tout ce qu’une toute jeune femme, sa propre mère, avait fait pour survivre dans ce monde de requins qu’était le Hollywood de l’âge d’or. Pour faire taire le dégoût que lui inspirent les pratiques de cet autre temps, pourtant pas si lointain, où être mère célibataire pouvait briser toutes les perspectives d’avenir. Pour comprendre ce qui guidait Elizabeth lorsqu’elle s’éloignait volontairement de son fils nouveau né pour continuer à tenter sa chance. L’évocation de ce duo mère-fils en deux temps, pleine de rebondissements et de changements de cap, est vraiment très réussie, d’autant plus réussie que les intervenants qui permettront à David d’enfin découvrir une vérité qui s’est dérobée à tout le monde jusque là sont les deux autres femmes de sa vie, sa grand-mère maternelle et sa compagne Abby qui est enceinte de lui. Ainsi que son propre père… Une rencontre inespérée mais pourtant porteuse d’angoisse… Pourquoi le père de David n’est-il pas venu au secours d’Elizabeth ? Pourquoi n’a-t-il pas remué ciel et terre pour la retrouver ? Et surtout pourquoi n’a-t-il rien fait pour obtenir le droit d’élever lui-même son fils ? Autant de questions qui appellent des réponses qui ne seront pas si faciles à entendre…

Pour les fans de cold cases – dont je suis – voici un réel morceau de roi que je recommande chaudement (c’est le cas de le dire en cet été 2020 particulièrement cuisant). Une belle histoire aussi, profondément humaine et aussi très bien documentée.

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