L’inexplicable affaire Le Prince

Le 16 septembre 1890, Louis Aimé Augustin Le Prince, un chimiste et inventeur français, se volatilise mystérieusement après être monté dans le train qui doit le ramener de Dijon à Paris. Aujourd’hui encore, on ignore tout de ce qui lui est arrivé. Et si sa disparition dissimulait un secret lié à l’invention du cinéma ?

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Fin d’été 1890. Louis Le Prince prépare le voyage qui doit le conduire à Leeds, puis à New York pour présenter son invention, un appareil révolutionnaire qui projette des images animées. Il doit encore faire breveter son dispositif et espère ensuite décrocher un contrat juteux, mais alors qu’un couple d’amis l’attend le 16 septembre 1890 en gare de Lyon, à Paris, Le Prince n’arrive pas. A l’arrivée du convoi dans la capitale, c’est un fait : Louis Le Prince n’est plus à bord. On visite les voitures du train, on explore les bordures de la voie de chemin de fer, mais on ne trouve ni corps, ni bagage, ni indice d’aucune sorte. Les autres voyageurs n’ont rien remarqué d’anormal. C’est comme si Le Prince s’était volatilisé…

Fils d’un pionnier de la photographie, né le 28 août 1841 à Metz, Louis Le Prince, qui est détenteur d’un baccalauréat scientifique, part vivre en Grande-Bretagne dès la fin des années 1860. Il s’y marie avec Elizabeth Whitley en 1869 – leur union est suivie de la naissance de 5 enfants – mais patriote, Le Prince revient en France en 1870 pour s’engager dans l’armée française au moment de la guerre franco-prussienne. Il en revient amaigri et affaibli avant de reprendre ses recherches sur des appareils photographiques : il dépose d’ailleurs plusieurs brevets. Au début des années 1880, la famille Le Prince émigre aux Etats-Unis. En octobre 1888, Louis Le Prince, qui utilise un appareil de son invention, produit un premier essai de film, « Une scène au jardin de Roundhay », 7 ans avant les frères Lumière, mais la projection n’est attestée nulle part. L’inventeur rentre en France, à la recherche d’un support qui pourra conserver les prises de vue. C’est à ce moment-là qu’il disparaît.

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Alors… Accident ? Agression ? En l’absence de corps et aussi de bagages, il est difficile de conclure avec certitude. Le Prince était grand (1,90 m) et fort, et capable de se défendre. Aurait-il filé avec une maîtresse… ou un amant ? La vie privée de l’homme ne permet pas de se prononcer en ce sens. S’est-il suicidé ? A-t-il été poussé dans cette funeste voie par le résultat de mauvais placements qui l’auraient ruiné ? Non, ses affaires marchaient même plutôt bien. S’agit-il d’un crime ? Si oui, a-t-il été prémédité ? Le nom de Thomas Edison, qui traînait une réputation sulfureuse, a été plusieurs fois avancé, mais à l’époque, Edison était un industriel déjà très riche qui n’aurait rien eu à gagner à tuer Le Prince. La dernière hypothèse est plus séduisante : et si c’était le propre frère de Le Prince – le dernier à l’avoir vu en vie – qui avait commis le crime, pour une histoire d’argent ou autre chose ?

Douze ans plus tard, en 1902, Adolphe Le Prince, l’un des fils de l’inventeur disparu, meurt d’un coup de fusil dans des circonstances étranges – un accident de chasse où persistent de nombreuses zones d’ombre. Or, Adolphe avait beaucoup travaillé avec son père et il pouvait très bien détenir des informations « sensibles ».

Dernier rebondissement en date de ce mystère qui reste entier : en 2003, on a découvert dans les archives de la police parisienne une photographie d’un noyé trouvé en 1890, à l’époque de la disparition de Louis Le Prince. La ressemblance du noyé avec l’inventeur est frappante, même si la certitude n’est à nouveau pas accessible… Et ce n’est pas tout, même s’il s’agit bien de lui : de sa montée dans le train à Dijon à sa noyade à Paris, il reste quelques étapes à reconstituer dans le parcours suivi par Louis Le Prince.

Un thème à inspirer des romans, dans le goût de ceux d’Agatha Christie… Saviez-vous que la reine du crime est née le 15 septembre 1890, la veille de la disparition de Louis Le Prince ?

Quelques livres pour aller plus loin :

Un article de la Revue 1895 (Revue d’Histoire du Cinéma), en 2000 : Jean-Jacques Aulas et Jacques Pfend, « Louis  Aimé Augustin Leprince, inventeur et artiste, précurseur du cinéma »

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Léo Sauvage, L’affaire Lumière

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Béatrice Nicodème, L’énigme Leprince

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Le cinéma des origines : les précurseurs, les inventeurs, les pionniers (sous la direction de Jean Mitry)

Pierre G. Harmant, L’affaire Le Prince

Un ouvrage ancien (1928) : Georges Potonniée, Les origines du cinéma

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Jacques Pfend, Louis Aimé Augustin Leprince, pioneer of the moving picture, and his family

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