Qui était la comtesse des Ténèbres ?

Entre 1807 et 1837, les habitants de Hildburghausen en Thuringe furent les concitoyens d’une femme étrange et inconnue, vêtue de noir et dont le visage était perpétuellement voilé. Qui était-elle ? Aujourd’hui encore, nul ne le sait.

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Le surnom de comtesse des Ténèbres – en allemand Dunkelgräfin – vient du fils d’un pasteur avec qui le comte de Versay, chaperon de la dame mystère, entretenait une correspondance. Le comte lui-même constitue une première énigme : c’était en réalité un Hollandais, Leonardus Cornelius Van der Valk, qui fut secrétaire à l’ambassade de Hollande à Paris. Il semble que le couple composé de la ténébreuse comtesse et de son compagnon se soit installé en Allemagne dès 1803 d’abord dans le Wurtemberg, puis à Hildburghausen en 1807 après un court séjour en Hollande. Ce qui intrigue surtout, c’est qu’ils sont protégés par les princes allemands et les autorités locales, et qu’ils nourrissent des liens étroits avec certains représentants de la noblesse française, notamment la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, épouse du duc d’Enghien. Le premier mouvement de la comtesse des Ténèbres en Allemagne intervient d’ailleurs au lendemain même de l’arrestation de l’héritier des Condé.

Durant plus de trente ans, le secret de l’identité de la comtesse fut jalousement gardé. Même les domestiques ne pouvaient l’approcher si elle n’était pas voilée. Le couple vivait véritablement reclus, comme s’il était tenu par une discrétion nécessaire et absolue. Vitale, peut-être ? On peut se le demander : en effet, après la mort de la comtesse en 1837, on rapporte que son linge était marqué et brodé de fleurs de lys. Personne n’assista la comtesse au moment de son décès : ni médecin, ni prêtre. Uniquement le comte de Versay. Un seul témoin, le docteur Lommler qui fut appelé pour rédiger le certificat de décès, put voir distinctement le visage de la morte et ce qu’il déclara ensuite est à peine croyable : selon le praticien, la défunte – une femme d’environ 60 ans, ce qui place sa naissance aux environs de 1777-1778 – présentait une ressemblance frappante avec la reine Marie-Antoinette. L’identité que l’on reconstitua d’après les papiers personnels de la comtesse ne put être confirmée par aucune source.

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On a longtemps pensé que la mystérieuse comtesse était en réalité la princesse Marie Thérèse de France, unique enfant survivante de Louis XVI et de son épouse. Mais non, selon les analyses ADN, et cela même si certains points continuent de troubler les historiens.  Marie Thérèse de France devenue duchesse d’Angoulême ressemblait beaucoup à son père, alors qu’enfant elle tenait davantage de sa mère. La duchesse d’Angoulême refusait presque systématiquement d’évoquer la mémoire de sa mère et de fréquenter les membres de l’ancien cercle de la reine. Enfin, des graphologues ont relevé des différences notables entre l’écriture de la jeune Marie Thérèse et celle de la bru de Louis XVIII. A côté de ces éléments troublants, il reste que la comtesse des Ténèbres devait être une personnalité importante, dont la protection justifiait tous les moyens mis en place autour d’elle.

Alors quoi ? La jeune Marie Thérèse fut-elle substituée à une autre jeune fille lorsqu’elle quitta la prison du Temple, au moment de s’en aller rejoindre sa famille maternelle en décembre 1795 ? On a pensé que la jeune personne substituée à la princesse était Ernestine Lambriquet, une enfant élevée avec la princesse à Versailles. Pourquoi écarter la fille légitime du dernier roi de France ? Certains ont avancé l’idée raisonnable d’un grand traumatisme dû à la longue captivité d’une adolescente qui avait vu tous ses proches partir vers la mort.

D’autres hypothèses ont été avancées : la comtesse des Ténèbres aurait été la fille cachée de Joseph II, et donc la nièce de la reine de France à qui elle ressemblait beaucoup. Elevée en France, elle était pourvue aux frais de la cour, notamment en linge brodé de fleurs de lys.

Quelques livres pour aller plus loin :

Noëlle Destremau, Madame Royale et son mystère

téléchargement

Monique de Huertas, Madame Royale

téléchargement (1)

Patrick Ravignant, La comtesse des Ténèbres

téléchargement (2)

Paule-Marie Sare, Le mystère d’Eishausen

Un roman : Juliette Benzoni, Le jeu de l’amour et de la mort, volume 3 : La comtesse des ténèbres

téléchargement (3)

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